Cuba, officiellement république de Cuba, pays insulaire des Grandes Antilles, situé au sud des États-Unis et à l’est du Mexique, à 77 km à l’est d’Haïti et à 140 km au nord de la Jamaïque. Cuba est entourée au nord par le détroit de Floride, à l’est par l’océan Atlantique, au sud-est par le passage du Vent, au sud par la mer des Caraïbes, à l’ouest par le détroit du Yucatán. Regroupant plusieurs petits archipels autour de l’île principale de Cuba, le pays totalise une superficie de 114 525 km² ; sa capitale est La Havane.


                       

Relief et hydrographie  
Très allongée (1 200 km de long) et ne dépassant pas 191 km de large, l’île de Cuba est généralement plate, hormis quelques régions de basses montagnes : les collines de Guaniguanico (699 m d’altitude), à l’ouest de La Havane ; le massif de l’Escambray (1 140 m) et la sierra de Trinidad, au centre ; la sierra de Los Organos, dans la partie occidentale ; et surtout la sierra Maestra, au sud-est, qui culmine au pic Turquino (2 005 m) et qui surplombe la fosse de Bartlett (environ 7 000 m de profondeur).

Près de 80 p. 100 du territoire est constitué de plaines argileuses et de plateaux, marqués par l’érosion karstique qui a contribué à la formation de cônes constituant des mogotes.

La côte septentrionale est rocheuse et escarpée, à l’exception de la partie centrale bordée de sable blanc ; au sud, elle est basse et marécageuse, excepté au niveau de la sierra Maestra. Le littoral est partout découpé de golfes et de baies, constituant autant de ports naturels : La Havane, Cárdenas, Bahía Honda, Matanzas et Nuevitas sur la côte nord ; Guantánamo, Santiago de Cuba, Cienfuegos et Trinidad, sur la côte sud. Cuba se caractérise également par la présence de grottes calcaires et de récifs coralliens.

L’île compte plus de 200 rivières, dépassant rarement 40 km de long ; aucune n’est vraiment importante et leur niveau varie fortement en fonction des précipitations. Seul le río Cauto (240 km), qui se jette au sud-est dans le golfe de Guacanayabo, est en partie navigable.

Les innombrables îles et îlots (cayos) qui entourent Cuba représentent une superficie d’environ 3 500 km2 et sont répartis en cinq grands groupes — d’ouest en est : los Colorados, Sabana, Camagüey, Jardins de la Reine, los Canarreos — auxquels il convient d’ajouter l’île de la Jeunesse (anciennement île des Pins), la plus vaste avec une superficie de 3 056 km2.

Climat  
Le climat de Cuba est tropical et humide. Les températures moyennes varient de 20 °C en janvier (mois sec et frais) à 27 °C en juillet (mois chaud et humide). La saison des pluies s’étend de mai à octobre, et les précipitations annuelles s’élèvent à plus de 1 320 mm. L’île est parfois balayée par de violents cyclones.

Végétation et faune  
Le faible écoulement des eaux, dû à un important taux d’humidité, permet aux sols de produire une végétation luxuriante et variée (plus de 8 000 espèces ont été recensées). La forêt dense et la savane sont les deux types de végétation les plus répandus. La partie orientale de l’île est densément boisée, et l’on y trouve plus de trente variétés de palmiers, des pins et de nombreuses essences précieuses (acajou, campêche, ébène, bois de rose, cèdre).

Le hutia (un rongeur) et le solénodonte (un insectivore très rare) sont deux espèces indigènes. L’île abrite de nombreuses chauves-souris et 342 espèces d’oiseaux (vautour, dindon sauvage, caille, pinson, mouette, ara, perruche, colibri, pélican), ainsi que des singes, des iguanes, des tortues, des caïmans et plus de 700 espèces marines (langouste, crabe, oursin, requin, bar, anguille, thon). On rencontre beaucoup d’insectes et notamment des moustiques qui ne transmettent toutefois aucune maladie.

POPULATION ET SOCIÉTÉ                           
En 1998, la population cubaine était estimée à 11,1 millions d’habitants, soit une densité moyenne de 96 habitants au km2. Le taux de croissance annuel de la population est assez faible : de 0,82 p. 100 en 1990, il a été estimé à 0,79 p. 100 pour la période 1995-2000. En 1998, le taux de fécondité était de 1,5 enfant par femme. Selon les mêmes estimations, les moins de 15 ans représenteraient 23 p. 100 de la population totale, les individus âgés de 65 ans et plus, 9 p. 100. L’espérance moyenne de vie est de 75,6 ans.

Environ 66 p. 100 des Cubains sont d’origine espagnole, 22 p. 100 sont des métis et 12 p. 100 des Noirs, descendants des esclaves amenés dans l’île au XVIIe siècle. Les Asiatiques, issus de l’immigration chinoise de la seconde moitié du XIXe siècle, constituent une minorité (0,1 p. 100). Il n’existe quasiment aucun descendant des Indiens Ciboneyes, Guanajuatabeyes et Taïnos, qui habitaient l’île avant sa découverte par Christophe Colomb.

                        Divisions administratives et villes principales  
Cuba est divisée en 14 provinces, auxquelles s’ajoute la municipalité de l’île de la Jeunesse.


La Havane, capitale et premier port du pays, abrite une population estimée à 2 078 000 habitants (1993). Les autres villes importantes sont : Cienfuegos (360 000 habitants), port de la côte orientale de l’île ; Santiago de Cuba (356 000 habitants), ville coloniale dotée de nombreuses manufactures de tabac au sud-est ; Camagüey (293 961 habitants), centre de traitement du sucre au cœur de l’île ; Holguín (242 085 habitants), marché d’une riche région agricole du sud-est ; Santa Clara (177 000 habitants), carrefour commercial et routier au centre ; Guantánamo (174 000 habitants), ville industrielle du sud-est ; et Matanzas (123 843 habitants) port sur le détroit de Floride.


En 1997, la population urbaine représentait environ 77 p. 100 de la population totale.

Institutions et vie politique

 Cuba est régie par la Constitution de 1976, amendée ultérieurement, qui définit le pays comme un « État socialiste des ouvriers et des paysans », au sein duquel les pouvoirs appartiennent au prolétariat. Le Parti communiste cubain (PCC) est le seul parti légal. Le pouvoir législatif est exercé par l’Assemblée nationale du pouvoir populaire (589 membres élus pour cinq ans au suffrage universel), qui tient deux sessions annuelles et élit le Conseil d’État. Ce dernier est formé par un président, six vice-présidents et un secrétaire. L’Assemblée nomme également un Conseil des ministres, principal corps administratif.

Fidel Castro, le lider máximo, premier secrétaire du Parti communiste cubain, président du Conseil d’État et du Conseil des ministres, commandant en chef des forces armées, a désigné comme successeur son frère, Raúl Castro, second secrétaire du Parti et premier vice-président des deux Conseils.

Pouvoir judiciaire

Le pouvoir judiciaire est exercé, à l’échelon national, par la Cour suprême populaire, les cours de justice et les cours municipales. Des tribunaux révolutionnaires sont convoqués pour juger les crimes contre l’État.

L’organisation Amnesty International a recensé 22 prisons d’État et 54 camps de détention et de travail, mais les statistiques relatives au nombre de prisonniers politiques sont très variables et sujettes à caution.

Gouvernement local

 Les 14 provinces de Cuba se divisent en 169 municipalités, chacune possédant une assemblée qui nomme les comités exécutifs, dont les membres forment les cinq assemblées régionales de chaque province. Au-dessus se trouve l’assemblée provinciale, également dirigée par un comité exécutif. À tous les niveaux, le comité contrôle les fonctions administratives quotidiennes de son assemblée. L’administration de l’île de la Jeunesse est, quant à elle, directement contrôlée par le gouvernement central.

 

Défense nationale

L’armée cubaine, qui fut largement équipée par l’URSS, est très importante par rapport à la population et compte, grâce à un service militaire de trois ans, des effectifs estimés à plus de 100 000 hommes. Ils sont toutefois en régression, puisqu’on estimait l’armée cubaine à 162 000 hommes en 1985, et qu’on en comptait 105 000 dix ans plus tard. En 1994, l’État a consacré 2,7 p. 100 du produit intérieur brut (PIB) à la défense nationale, pourcentage ayant vraisemblablement diminué par la suite.

Les forces cubaines sont intervenues dans plusieurs pays africains pendant les années 1970 et 1980 (de 1975 à 1989, en Angola, et de 1978 à 1990, en Éthiopie). Les États-Unis gardent une base aéronavale dans la baie de Guantánamo, en raison d’une concession illimitée qui leur fut accordée en 1903 et renouvelée en 1934.

 

Langues et religions

  L’espagnol est la langue officielle de Cuba mais, comme dans tous les pays d’Amérique latine, il comporte du vocabulaire d’origine africaine ou indienne.

Les catholiques représentent la majorité de la population cubaine, dont seule 33 p. 100 se déclare pratiquante. Même à l’époque coloniale, le pays n’a jamais été l’objet d’une évangélisation profonde et le régime de Fidel Castro, s’il n’a jamais rompu ses relations avec le Vatican, n’a pas vraiment contribué à répandre la foi. Cependant, à la suite de la visite du pape Jean-Paul II en janvier 1998, le gouvernement a rétabli la fête de Noël après une interruption de trente ans et a déclaré que désormais ce jour serait férié pour tous. Il existe une petite communauté protestante et juive. Enfin, comme dans toutes les Caraïbes, les cultes introduits par les esclaves africains et imprégnés de religion catholique, à l’image de la santería, sont toujours vivaces.

Éducation

 L’école est obligatoire et gratuite pour les enfants de 6 à 12 ans. À la fin des années 1960, environ 10 000 nouvelles classes furent créées en milieu rural. En 1993, 73,5 p. 100 des adolescents de 12 à 17 ans étaient scolarisés. Le taux d’alphabétisation était de 95,7 p. 100, en 1995. L’université la plus importante est celle de La Havane, fondée en 1728.

Culture  
La culture cubaine est riche d’un double héritage espagnol et africain.
Cuba est un pays de longue tradition musicale : au son des instruments africains (bongo, conga) se dansent le bembé ou la caringa. Certaines musiques folkloriques, comme la rumba, la salsa, le són et le punto, ont subi des influences européennes. (Voir aussi Latino-américaine, musique ; Société, danses de.)

Les écrivains cubains les plus connus sont les poètes du XIXe siècle : José Maria de Heredia, Gertrudis Gómez de Avellaneda (1814-1873), José Julian Martí et Julián del Casal (1863-1893), ainsi que les romanciers contemporains : Alejo Carpentier et José Lezama Lima (1912-1976). (Voir aussi Hispano-américaine, littérature.)

La Havane possède une riche bibliothèque qui compte environ 2,2 millions de volumes. Elle est aussi le siège du Musée national qui abrite des collections d’art moderne et classique et des vestiges des cultures indigènes. Les autres musées importants sont le Musée colonial et anthropologique de La Havane, le musée Emilio-Bacardi-Moreau d’histoire naturelle de Santiago et le musée Oscar-M.-de-Rojas, à Cárdenas. Bibliothèques et musées sont gérés par le gouvernement.

 

ÉCONOMIE

 

Le gouvernement révolutionnaire installé au pouvoir depuis 1959 a nationalisé 90 p. 100 du secteur industriel et 70 p. 100 des terres agricoles. L’effondrement du bloc soviétique, privant Cuba de ses principaux soutiens et de ses partenaires commerciaux, ainsi que le maintien de l’embargo imposé par les États-Unis en 1960, pèsent lourdement sur l’économie nationale. L’ouverture économique du pays s’accroît cependant depuis 1993, date à laquelle Fidel Castro a signé un décret autorisant quelques investissements privés et l’établissement de zones franches. D’autre part, les autorités s’efforcent de développer le tourisme international, misant sur les nombreuses possibilités offertes par l’île dans ce domaine. Avec un apport d’environ 45 p. 100 des devises, le tourisme est, à la fin des années quatre-vingt-dix, le principal moteur de la croissance.


En 1985, selon le dernier chiffre disponible, le produit intérieur brut (PIB) s’élevait à 19,27 milliards de dollars. Le taux de croissance atteignit 2,5 p. 100 en 1995, ce chiffre semblait en augmentation l’année suivante avec un taux de 7 p. 100. Mais après une relative stabilité jusqu’en 1997, il semble que ce taux soit en net recul pour 1998 (environ 1 p. 100), en raison d’une très mauvaise récolte sucrière et de la sécheresse. La réalité quotidienne reste d’autant plus difficile. En effet, les Cubains souffrent encore d’importantes inégalités sociales, les plus démunis dépendant de prix à la consommation trop élevés et de la pénurie de certains produits. Le marché noir avec ses produits parallèles est encore présent.

Agriculture, forêts, pêche  
En 1994, le secteur primaire occupait 23 p. 100 de la population active et contribuait à la formation de 6,8 p. 100 du PIB. L’agriculture cubaine est encore contrôlée par l’État à 80 p. 100 ; des coopératives regroupent les 20 p. 100 de terres restant. Comme le reste de l’économie cubaine, l’agriculture manque de diversification, et les deux grandes réformes agraires engagées sur fond de révolution castriste en 1959 et en 1963 n’ont pas permis une augmentation suffisante de la production alimentaire.

Cuba est le 6e producteur mondial de sucre et la canne à sucre occupe le tiers de la surface cultivée du pays. Jusqu’à la fin des années 1980, le sucre cubain a été artificiellement soutenu par les achats soviétiques qui s’effectuaient sur la base de 89 cents le kilo, alors que le cours mondial était de 13 cents. Privé de cet appui, la production cubaine a périclité : au début des années 1990, la récolte annuelle de canne à sucre s’élevait à environ 70 millions de t et la production de sucre non raffiné était d’environ 6 millions de t. Cependant, celle-ci devait chuter à 4,2 millions de t en 1993 et, en 1998, à 3,2 millions de t, la récolte la moins abondante depuis près de cinquante ans. Viennent ensuite le riz, la patate douce et le tabac, majoritairement cultivé à l’ouest et au centre-ouest, et dont la récolte (33 100 t en 1998) sert en grande partie à la fabrication de cigares de réputation mondiale (plus de 160 millions de cigares havanes ont été exportés en 1998). Les autres productions agricoles sont le café, les agrumes, les ananas, les mangues, le maïs et les cultures maraîchères.


Le cheptel bovin représentait 4,5 millions de têtes en 1994, mais il a enregistré une baisse et se caractérisait par sa qualité médiocre.

L’abattage incontrôlé a peu à peu réduit les zones boisées qui ne couvraient plus que 8 p. 100 de la superficie de l’île en 1960. Cependant, un programme de reboisement a permis de faire remonter ce chiffre à 20 p. 100, à la fin des années 1980. La récolte porte surtout sur les bois durs.

Enfin, des pêcheries modernes ont été implantées, mais le pays, s’il est un grand producteur et exportateur de langoustes, a vu la quantité de poisson pêchée enregistrer un fort recul à partir de la fin des années 1980 ; 87 700 tonnes ont été pêchées en 1994.

Mines et industries  
En 1994, le secteur secondaire occupait 27 p. 100 de la population active et contribuait à la formation de 34,5 p. 100 du PIB.

L’extraction minière concerne essentiellement le nickel (9e rang mondial), le cuivre, le manganèse, le chrome et le zinc. Cuba exploite également du sel, du cobalt, de la pierre, du pétrole brut et du gaz naturel. De manière générale, toutes les productions ont diminué après la révolution, phénomène qui s’est encore amplifié au début des années 1990 : à titre d’exemple, le pays produisait 32 200 t de nickel en 1992, et 27 000 en 1995. Cependant, l’augmentation récente des investissements étrangers dans ce secteur a semblé annoncer une inversion du phénomène.

Les principales productions industrielles sont le ciment, les engrais, le papier, le pétrole raffiné, le caoutchouc, les dérivés du tabac, les produits agroalimentaires et les textiles. Les industries légères progressent lentement et leur production est encore insuffisante. Seule l’industrie pharmaceutique est importante et de bonne qualité.

L’électricité de l’île est essentiellement produite dans des usines thermiques utilisant les produits pétroliers, le charbon ou les résidus de cannes à sucre ; le projet de centrale nucléaire de Jaragua a été abandonné en 1992.

La rupture des liens économiques privilégiés avec l’URSS, a entraîné une grave pénurie en matière énergétique : le manque de carburant rendant très difficile la circulation des véhicules privés ou publics, la bicyclette est devenue le moyen de transport le plus répandu.

Secteur tertiaire  
En 1994, le secteur tertiaire occupait 50 p. 100 de la population active et contribuait à la formation de 58,7 p. 100 du PIB.

L’unité monétaire de Cuba est le peso cubain, divisé en 100 centavos. Toutes les banques cubaines ont été nationalisées en 1960.

Le tourisme est en passe de devenir la première activité économique du pays. Considérable avant la révolution, il est aujourd’hui en constante augmentation et constitue une source de devises particulièrement importante pour le gouvernement : on estimait à 1,3 milliards de dollars les recettes de 1995 et à 1,8 milliard de dollars celles de 1998, alors qu’elles s’élevaient à 180 millions en 1990, et à 152 millions en 1988. L’île a accueilli 1,15 million de visiteurs en 1997et près de 1,5 million en 1998.

Au milieu des années quatre-vingt-dix, Cuba comptait environ 60 858 km de routes. La compagnie nationalisée des chemins de fer exploitait 12 655 km de voies, dont 62 p. 100 desservaient les raffineries et les plantations de sucre. L’Empresa Cubana de Aviación, la compagnie aérienne nationale, exploite des liaisons nationales et internationales.

Commerce extérieur

 Le sucre et ses produits dérivés représentent environ 75 p. 100 des exportations du pays, suivis par le tabac, les minerais et les produits alimentaires. Les principales importations sont les produits alimentaires, les combustibles, les matières premières industrielles et le matériel de transport.

Les États-Unis, autrefois principal partenaire commercial de Cuba, ayant déclaré un embargo total sur les échanges commerciaux entre les deux pays en 1960, l’île s’est tournée vers les pays du bloc communiste, à commencer par l’URSS. Des échanges sucre-pétrole faisaient de Moscou le premier fournisseur en pétrole de l’île et le principal débouché pour le sucre cubain. Depuis le début des années 1990, le poids des pays du Conseil d’assistance économique mutuelle (CAEM) dans le commerce extérieur de Cuba a nettement diminué au profit des voisins latino-américains, avec lesquels l’île effectue près de la moitié de ses échanges, contre 7 p. 100 seulement en 1990. Dans le même temps, Cuba s’est efforcée de renforcer ses liens commerciaux avec les pays de l’Union européenne, qui fournissent 38 p. 100 des importations et absorbent près de 30 p. 100 des exportations.

En 1996, avec 3,01 milliards de dollars d’importations et 1,38 milliard de dollars d’exportations, la balance commerciale cubaine était déficitaire. Le déficit n’a cessé de s’aggraver depuis, malgré les recettes dues au tourisme et aux transferts de fonds de la diaspora cubaine, autorisés à partir de l’été 1998 (environ un milliard de dollars pour l’année).

HISTOIRE  
Cuba fut découverte par Christophe Colomb le 28 octobre 1492, lors de son premier voyage vers ce qu’il croyait être l’empire du grand Khan. L’île était alors habitée par environ 100 000 Amérindiens : Guanajuatabeyes, Ciboneyes, Taïnos, Arawaks, ainsi que par des tribus anthropophages, les Caribes. L’île fut baptisée d’après son nom indigène, Cubanascan. Juan de la Cosa fit des relevés cartographiques et Sebastián de Ocampo fut le premier Européen à en faire le tour complet, en 1508.

La colonisation espagnole

La colonisation de Cuba commença en 1511, sous l’égide de Diego Velázquez de Cuellar, nommé gouverneur de l’île et fondateur de Baracoa, de Santiago de Cuba (1514) et de La Havane (1519). En moins de cinq ans, la population indigène de tempérament pacifique, systématiquement massacrée, fut réduite à quelques centaines d’individus. En outre, base de ravitaillement pour les expéditions espagnoles vers le Mexique et le Panamá, Cuba possédait des réserves d’or qui furent rapidement épuisées. L’administration locale fut donc en charge de promouvoir de nouvelles activités économiques : le tabac, les plantes tinctoriales, puis la canne à sucre connurent un essor considérable, favorisé par l’importation d’esclaves africains. Sorte d’« avant-port » américain sur la route de l’Europe, l’île devint commercialement très active.

Après la guerre de Sept Ans, au cours de laquelle les Britanniques occupèrent provisoirement La Havane (1762-1763), le gouvernement espagnol encouragea plus encore l’expansion commerciale et le développement agricole, en particulier grâce à l’ouverture du port sur l’extérieur. La population connut alors une forte augmentation, et les produits cubains eurent, à partir de 1791, un formidable succès sur les marchés européens, après que la révolte haïtienne eut ruiné les plantations françaises de Saint-Domingue.

L’émergence du nationalisme

 Dès le début du XIXe siècle, les différends entre les Espagnols et les Créoles s’exacerbèrent. Les autorités locales durent faire face aux aspirations à l’indépendance de tous les peuples de l’Amérique espagnole. À Cuba, le mouvement connut un véritable essor grâce à l’action de Carlos Manuel de Céspedes. Riche propriétaire d’un domaine sucrier, franc-maçon, il libéra ses esclaves et appela ses compatriotes à la révolte, constituant des groupes de manzanilleros et déclenchant la guerre de Dix Ans (1868-1878). À l’issue du conflit perdu par les insurgés, le pacte de Zanjón (10 février 1878) accorda d’importantes concessions aux Cubains. L’île fut dotée d’une certaine autonomie, l’esclavage fut aboli en 1880 et l’égalité des droits entre les Blancs et les Noirs, proclamée en 1893. Les conséquences du pacte atteignirent le domaine politique, avec la constitution des premiers partis politiques, ainsi que le secteur économique, puisque les entreprises américaines augmentèrent leurs investissements dans la région.

L’indépendance  
Les réformes mises en place furent finalement peu suivies d’effet et les Cubains s’insurgèrent de nouveau en février 1895, sous le commandement de José Martí et des généraux Antonio Maceo et Máximo Gómez. Martí et Maceo étaient à la tête du Parti révolutionnaire cubain, créé en 1891, au cours d’une période où les mouvements politiques se multipliaient : Parti de l’union constitutionnelle (1878), Parti réformiste (1893), Parti autonomiste et Parti libéral (1878). Les États-Unis, qui contrôlaient déjà le marché du sucre cubain, intervinrent au côté des insurgés en avril 1898, précipitant la guerre hispano-américaine, provoquée par la perte du Maine, un navire de guerre américain que l’Espagne fut accusée d’avoir torpillé. Le traité de Paris du 10 décembre 1898 mit fin au conflit, l’Espagne renonça à sa souveraineté sur l’île et un gouvernement militaire fut mis en place par les Américains.

La république de Cuba fut formellement instituée le 20 mai 1902, et sa Constitution intégra l’amendement Platt, autorisant l’intervention américaine dans les affaires du pays et l’installation de deux bases navales à Cuba, en contrepartie de privilèges douaniers. Les États-Unis envoyèrent en 1906 et en 1912 des troupes sur l’île pour lutter contre des insurrections. Le 7 avril 1917, Cuba entra en guerre aux côtés des Alliés.

L’instabilité politique et sociale  
L’augmentation des difficultés économiques marqua les lendemains de la Première Guerre mondiale. Les élections contestées de 1921 aboutirent à la dictature de Gerardo Machado y Morales (1925-1933).


Celui-ci fut renversé et une longue période de violence et de troubles débuta, aggravée par la crise économique mondiale qui toucha durement l’économie sucrière et donnant lieu à de fréquents changements de gouvernement. Grande figure de la vie politique cubaine, le libéral Ramón Grau San Martín, arrivé au pouvoir en 1933, prit, durant les quatre mois de son gouvernement — que les Américains refusèrent de reconnaître —, une série de mesures importantes : vote des femmes, journée de travail de 8 heures, nationalisation de l’électricité. Il fut renversé en janvier 1934 par le général Fulgencio Batista y Zaldívar, appuyé par les États-Unis. Pour calmer les mécontentements qui se faisaient entendre, les Américains renoncèrent la même année à l’amendement Platt.

Commandant en chef de l’armée et ministre de la Défense, lors des gouvernements de Carlos Mendiota (1934) et de Mariano Gómez (1936), Batista fut lui-même porté à la tête du pays lors des élections de 1940. En décembre 1941, le gouvernement cubain déclara la guerre à l’Allemagne, au Japon et à l’Italie, et devint membre de l’Organisation des Nations unies (ONU) en 1945. L’élection présidentielle de 1944 vit la victoire de Ramón Grau San Martín, candidat d’une large coalition de partis. Carlos Prío Socarras, qui lui succéda en 1948, connut une présidence difficile et impopulaire ; la situation économique ne cessa de se dégrader tandis que s’instaurait un climat de troubles et de violences politiques.

            Le régime de Batista  
Le 10 mars 1952, l’ancien président Batista s’empara du pouvoir avec l’appui de l’armée. Soutenu dans un premier temps par les syndicats et les communistes, son régime devait être celui de l’arbitraire et de la corruption. La mainmise des capitaux étrangers sur l’économie du pays s’accrut encore : dans les années 1950, les Américains contrôlaient 90 p. 100 des mines de nickel et des exploitations agricoles, 80 p. 100 des services publics, 50 p. 100 des chemins de fer et, avec le Royaume-Uni, toute l’industrie pétrolière.

Une opposition non institutionnalisée se développa alors autour de certains intellectuels. En 1953, Batista écrasa une tentative de soulèvement dirigée par Fidel Castro, un jeune juriste, qui fut jetté en prison. Réélu sans opposition l’année suivante, le dictateur octroya une amnistie aux prisonniers politiques ; Castro choisit alors de s’exiler au Mexique.

La révolution castriste

La prise du pouvoir et les premières réformes  
Le 2 décembre 1956, Fidel Castro débarqua au pied de la sierra Maestra avec 80 insurgés. Mis en échec par l’armée, les rebelles purent toutefois rejoindre le maquis ; parmi eux, Che Guevara, jeune médecin et révolutionnaire argentin, compagnon d’armes de Castro. Pendant deux ans, ceux qu’on appelait les barbudos allaient mener la guérilla contre l’armée régulière, s’assurant progressivement du soutien d’une grande partie de la population. Hésitants sur la politique à suivre, les États-Unis suspendirent leurs livraisons d’armes à Batista en mars 1958. Le succès de la contre-offensive des insurgés amena le dictateur à quitter le pays le 1er janvier 1959.


Un gouvernement provisoire fut nommé, avec à sa tête Fidel Castro, un homme qui se voulait au-dessus des partis. Rapidement, une réforme agraire, confisquant des terres aux Américains, fut lancée ; les raffineries de sucre et de pétrole furent nationalisées. La politique de grands travaux mise en œuvre eut pour effet de résorber le chômage ; des programmes destinés à améliorer l’éducation et la santé publique devaient bientôt porter leurs fruits.

                       

La rupture avec les États-Unis  
En octobre 1960, Washington imposa à l’île un embargo commercial. La rupture totale des relations diplomatiques se produisit en janvier 1961 et, le 17 avril, un commando d’exilés anticastristes soutenus et entraînés par les États-Unis débarqua dans la baie des Cochons, au sud de l’île. L’échec de cette tentative d’invasion accéléra l’orientation socialiste du régime.

Le 14 octobre 1962 éclata la crise des Fusées : les États-Unis découvrirent à Cuba des rampes de lancement de missiles fournies par l’Union soviétique. Le président américain John F. Kennedy annonça alors un blocus naval de l’île. Après plusieurs jours de négociations, pendant lesquels une guerre nucléaire semblait imminente, le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev accepta de retirer ses missiles. En 1965, les gouvernements cubain et américain signèrent un accord permettant aux Cubains d’émigrer aux États-Unis. Plus de 260 000 personnes quittèrent l’île avant la fin officielle du pont aérien en 1973.

L’isolement  
De nombreuses mesures politiques ordonnées par Castro isolèrent Cuba du reste des pays latino-américains. Le pays fut exclu de l’Organisation des États américains (OEA) en 1962, et accusé d’essayer de fomenter des rébellions au Venezuela, au Guatemala et en Bolivie. En 1967, Che Guevara fut arrêté et exécuté sans procès alors qu’il dirigeait un groupe de guérilleros en Bolivie.

Le 1er octobre 1965, le Parti communiste cubain fut fondé et, à partir de cette époque, Cuba adopta complètement le modèle communiste et resta largement dépendante de l’aide économique de l’Union soviétique et des pays du bloc de l’Est. Le pays devint également membre du Conseil d’assistance économique mutuelle (CAEM). Le premier congrès du Parti communiste cubain eut lieu en 1975, et une nouvelle Constitution fut adoptée. L’Assemblée siégea pour la première fois en décembre 1976 et nomma Fidel Castro à la tête de l’État et du gouvernement avec des pouvoirs accrus.

Le retour sur la scène internationale

 Cuba sortit de son isolement diplomatique en juillet 1975, lorsque l’OEA leva ses sanctions. C’est aussi à partir de 1975 que les forces de combat cubaines s’engagèrent activement sur le continent africain, luttant en Angola et en Éthiopie (jusqu’en 1989). En 1980, les activités cubaines s’étendirent au Yémen-du-Sud, alors que le gouvernement américain accusait Cuba d’aider les rebelles du Salvador et le gouvernement sandiniste du Nicaragua. Pendant ce temps, l’économie cubaine continuait de recevoir 3 millions de dollars quotidiens d’aide soviétique.

La fin de l’aide soviétique  
En 1989, l’Union soviétique et Cuba signèrent un traité d’amitié de vingt-cinq ans, mais l’effondrement du bloc de l’Est raviva la contestation intérieure. En juillet, quatre officiers de l’armée furent exécutés et dix autres condamnés à des peines de prison, accusés de contrebande et de trafic de drogue. Les forces militaires soviétiques se retirèrent peu à peu et l’aide économique se tarit. En novembre 1993, l’Assemblée générale de l’ONU, soutenue par l’ensemble des pays d’Amérique latine, vota une résolution demandant la fin de l’embargo américain et une proposition de loi fut déposée dans ce sens au Congrès des États-Unis, sans succès.

Le mécontentement général et l’aggravation de la pauvreté amenèrent le gouvernement à engager des réformes économiques : en juillet 1993, la possession de dollars, autrefois considérée comme un délit passible d’emprisonnement, fut légalisée et, en octobre 1994, les marchés libres paysans furent de nouveau autorisés. Cependant, le régime continuait de bafouer les droits de l’Homme et le nombre d’incarcérations arbitraires et de prisonniers politiques demeurait important, même s’il était difficile d’obtenir des renseignements exacts.


Pour freiner l’exode dramatique des balseros, ces Cubains cherchant à gagner les États-Unis sur des embarcations de fortune (500 en 1990, plus de 3 000 en 1993, 30 000 en 1994), deux accords furent signés avec le voisin américain, en septembre 1994 et en mai 1995. Pourtant la ratification de la loi Helms-Burton, en mars 1996, durcit la position américaine à l’encontre du gouvernement cubain, tandis que, sur la scène internationale, Castro était reçu par plusieurs représentants officiels (à l’Unesco, à Rome où il rencontra le pape Jean-Paul II). Dans le domaine économique, Cuba s’ouvrit lentement aux initiatives privées et favorisa l’essor des investissements étrangers, particulièrement nombreux dans le secteur des mines (nickel) et du tourisme, malgré une série d’attentats contre les centres touristiques en 1997. Le brusque ralentissement de la croissance contribua à la détérioration de la situation économique, déjà difficile en raison de l’endettement, des mauvaises récoltes de canne à sucre. Les inégalités entre les Cubains ayant accès aux devises étrangères, notamment le dollar, et ceux ne survivant qu’avec des salaires payés en pesos ne cessèrent de se creuser. En janvier 1998, la visite du pape Jean-Paul II à Cuba permit au régime castriste de rompre un peu son isolement. La condamnation papale de l’embargo américain contraignit ainsi les États-Unis à assouplir quelque peu leur politique de fermeté à l’égard de La Havane. La reprise des vols directs entre les deux pays, le rétablissement de l’autorisation, pour les Américains d’origine cubaine, d’envoyer de l’argent à leur famille restée à Cuba, et l’accélération des formalités administratives nécessaires à l’envoi de médicaments furent ainsi décidés par Bill Clinton qui ne remit pas en cause la loi Helms-Burton, que seul le Congrès pourrait annuler. Cependant la notion d’extraterritorialité contenue dans cette loi qui permet aux Américains de prendre des mesures de rétorsion contre toute entreprise étrangère commerçant avec Cuba ou investissant dans l’île, fut un sujet de discorde entre les États-Unis d’une part et l’Union européenne, le Japon et le Canada d’autre part. En juillet 1998, cependant, après de longues négociations, le président américain s’engagea à suspendre pendant une durée déterminée cette disposition et en janvier 1999, il annonça des mesures d’assouplissement de l’embargo, sans pour autant renoncer à sa stratégie d’isolement. Dans le même temps, Cuba normalisa ses relations avec l’Espagne, le Canada, le Guatemala et avec la République dominicaine, ce qui constitua un nouveau pas vers la réintégration de Cuba dans l’espace caraïbe. À l’issue d’une tournée triomphale de Castro durant l’été 1998, Cuba fut admise comme observateur au sein du groupe ACP (Afrique, Caraïbe, Pacifique).

Sur le plan intérieur, malgré l’insistance du pape à réclamer une libéralisation du régime, qui aboutit à la libération de plusieurs prisonniers politiques, Fidel Castro, réélu par le Parlement pour un nouveau mandat de cinq ans à la tête de l’État, en février 1998, se refusa à tout changement démocratique et rejeta toute réforme pouvant engager l’île sur la voie d’une transition du socialisme vers le capitalisme. En 1999, un durcissement du régime s’exerça à l’égard de toute contestation sociale, politique et civile. En mars 1999, les dissidents « du groupe des quatre », accusés de sédition pour avoir réclamé la démocratisation de l’île, furent condamnés à de lourdes peines de prison.

 

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