Corse (île), île du sud de la France, quatrième plus grande île de la Méditerranée.

La Corse est située à 170 km de la côte niçoise. Elle s’étend sur 8 569 km2. Un socle cristallin occupe la grande majorité du sous-sol. Au centre s’élève un massif cristallin, qui s’étend sur presque toute la longueur de l’île, du nord au sud, la partageant en deux parties. Au nord de ce massif, dans la zone du Niolo, s’élève le point culminant de la Corse, le monte Cinto (2 710 m). La partie méridionale du massif cristallin est moins escarpée. Les massifs du centre sont creusés par les vallées profondes du Liamone, du Gravone, du Taravo et du Rizzanese, quand ils ne sont pas prolongés par de vastes plateaux. Dans le nord-ouest de l’île s’étend la plaine de la Balagne tandis qu’au nord-est la Castagniccia élève ses sommets schisteux du Tavignano jusqu’au Cap-Corse. Une plaine d’alluvions s’étend à l’est et au sud de cette zone schisteuse. La plaine d’Aleria occupe ainsi la côte orientale jusqu’au bassin tertiaire de Solenzara. Le golfe de Porto-Vecchio s’inscrit entre ce bassin et celui de Bonifacio, à l’extrême sud de l’île. De nombreux golfes (golfes de Porto, de Sagone, d’Ajaccio et de Valinco) découpent toute la façade occidentale de l’île. La région appartient au milieu méditerranéen ; son climat est adouci par l’insularité. Voir aussi Corse (Région administrative).

 

            2.     HISTOIRE  
L’Homme prit pied en Corse dès la période du Prénéolithique. Aux chasseurs-nomades (« la Dame de Bonifacio » date de 6600 av. J.-C.) succédèrent les peuplades agro-pastorales du Néolithique ancien (Aleria, Filitosa, Levie). Ce fut à la fin du Néolithique que les mégalithes se multiplièrent. L’histoire de la Corse commença véritablement avec la colonisation d’Alalia (Aleria) aux VIe et Ve siècles av. J.-C. D’après l’historien grec Hérodote, ce fut par cette colonie que les Phocéens firent pénétrer dans l’île les cultes religieux et les techniques du monde méditerranéen. Néanmoins, la présence des Phocéens puis celle des Étrusques et des Carthaginois se limita au littoral. Au contraire, la prise d’Aleria par les Romains, en 259 av. J.-C., marqua le début d’une longue présence. La romanisation, puis la christianisation, apportèrent un brassage entre autochtones, colons grecs, latins et étrangers. Durant plusieurs siècles, l’île subit différentes dominations étrangères. Au Ve siècle apr. J.-C., les invasions barbares (les Vandales puis les Ostrogoths) désorganisèrent les cinq évêchés corses. Les pirates barbaresques et les Sarrasins (du VIIe au XIe siècle) débarquèrent afin de s’assurer d’autres voies maritimes. Face à ces envahisseurs, les Corses s’installèrent à l’intérieur des terres. Au VIIIe siècle, Pépin le Bref confirma l’attribution de l’île au Saint-Siège. Mais devant les incursions sarrasines régulières, la papauté concéda l’administration de la Corse à l’évêque de Pise en 1077. Après une période de paix et de prospérité, la rivalité entre Gênes et Pise conduit le pape à attribuer aux Génois trois des six évêchés dès 1133.

 Les Corses demeurèrent morcelés géographiquement et opposés socialement. Ceux de l’En deçà, situé au nord-est, soutinrent la domination génoise, avec leur Conseil des Six-Corses. Ceux de l’Au-delà, situé au sud-ouest, luttèrent contre l’administration de Gênes. Cette rivalité constante réduisit l’efficacité de la résistance corse contre les conquérants, ce qui permit à Gênes de dominer l’île de 1284 à 1729. L’exclusion des Corses dans la haute administration, les inégalités judiciaires et la situation économique déclenchèrent une succession de jacqueries. Les Corses, alliés à la France, s’opposèrent à Gênes, soutenue par l’Empire autrichien. Dans ce contexte de désordre, Pasquale Paoli organisa un « gouvernement de la nation corse » en 1755, et contraignit Gênes à vendre la Corse à la France en 1768. Devant l’importance du parti français et la supériorité militaire française, Paoli s’exila pour l’Angleterre en 1769. Pendant la Révolution française, la Corse, en vertu du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, devint un département français. En 1790, Paoli fut rappelé de son exil pour assumer les charges de président du Conseil général et de commandant de la garde nationale. Affaibli par la maladie, il rompit ses relations avec la Convention et, sous l’influence de Pozzo di Borgo, fit appel à l’Angleterre, qui administra la Corse entre 1794 et 1796. Bonaparte, originaire de l’île, devenu Premier consul, engagea rapidement l’assimilation de la Corse à la France. Cependant, l’île évolua peu. Au cours du XIXe siècle, l’aménagement du territoire et le développement économique de la Corse restèrent limités tandis que le banditisme et le clientélisme perdurèrent. Malgré l’indifférence de la IIIe République, la majorité des Corses conserva pour la France un attachement et un intérêt profond. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Corse fut le premier département français à être libéré (4 octobre 1943). Ses soldats contribuèrent alors au débarquement de Provence. Après l’indépendance de l’Algérie en 1962, de nombreux rapatriés d’origine corse revinrent sur l’île, notamment dans la plaine orientale. Une partie d’entre eux contribua à faire de cette plaine paludéenne une terre agricole rentable.

            3.     LE NATIONALISME CONTEMPORAIN  
À partir des années soixante, les questions économiques et le développement de courants autonomistes et indépendantistes prirent une importance particulière. La région administrative de Corse fut créée en 1970. Le parc naturel régional vit le jour en 1971. En 1975, la région fut divisée en deux départements distincts. Mais la dépendance économique vis-à-vis du continent et l’abondance des capitaux étrangers sur le territoire corse, notamment, conduisirent les mouvements de revendications autonomistes et indépendantistes à s’engager dans des actions politiques mais aussi dans des actions armées. Dès 1974, après la dissolution du Fronte paesanu corsu di liberazione (FPCL), 111 plastiquages furent pratiqués. Après la mort de deux policiers en août 1975 à Aleria, l’Action régionaliste corse (ARC) fut dissoute et le FLNC (Front de libération national de la Corse) fut formé. Mais la répression n’enraya pas la montée de la violence. Des séries d’attentats furent principalement menées contre les symboles de l’État (bâtiments publics, représentants de l’État) et contre les capitaux étrangers (complexes touristiques étrangers ou métropolitains). Le FLNC a revendiqué, depuis 1976, plus de 5 000 actions armées. La loi de décentralisation de mars 1982 attribua à la Corse un statut particulier, lui accordant notamment une assemblée de 51 conseillers élus pour six ans au suffrage universel direct et un président assurant le pouvoir exécutif durant trois ans. Les autorités françaises prononcèrent la dissolution du FLNC en 1983. L’interventionnisme de l’État se heurta au clientélisme électoral et à l’esprit de clan insulaire. Après l’échec d’un projet, en 1990, où la notion de « peuple corse » comme « composante du peuple français » fut rejetée, l’île obtint, en mai 1991, sa classification comme collectivité territoriale à statut particulier. Avec la loi Joxe, la Corse reçut ainsi des pouvoirs plus étendus que les autres régions : le Conseil exécutif régional devint un véritable organe de gouvernement quasi autonome couvrant les domaines économiques, sociaux et culturels. Dès lors, les élections régionales de mars 1992 mirent en évidence l’ampleur des mouvements autonomistes (25 p. 100 des suffrages au second tour) et les divergences dans leurs revendications. Ceux-ci furent partagés entre la volonté de négocier un nouveau statut avec l’État (zone franche, pouvoir régional plus étendu), l’acquisition d’un statut proche de celui des Territoires d’outre-mer (TOM) et une indépendance complète. Désorganisées, les luttes indépendantistes dégénérèrent en luttes fratricides. À la recherche d’une voie nouvelle pour la Corse et en attendant de rétablir un véritable État de droit, l’État laissa jouer les divisions nationalistes. Cependant, en février 1998, le préfet Claude Erignac était assassiné à Ajaccio ; cet attentat qui s’attaquait au plus haut personnage de l’État dans l’île suscita une intense émotion nationale, et plus particulièrement au sein de la population corse. En réponse aux maux endémiques de l’île, l’État français s’est alors lancé dans une vaste opération contre la corruption et le clientélisme. La justice a ainsi ouvert de nombreuses enquêtes visant certaines personnalités politiques locales et des membres de l’administration régionale, au sujet notamment d’affaires financières et immobilières et de la gestion de la Caisse régionale du Crédit agricole et de la Caisse de développement de la Corse. En mars 1999, lors d’élections territoriales tenues à la suite de l’annulation de celles de mars 1998, les listes de droite l’ont emporté, la gauche plurielle a reculé et les nationalistes ont progressé. En avril 1999, la Corse a été touchée par l’affaire dite des « paillotes » : le préfet Bernard Bonnet, soupçonné d’avoir donné l’ordre de procéder à l’incendie d’un restaurant de plage construit en infraction à la législation a été mis en examen. Dans le même temps, il a été soupçonné d’avoir mené une enquête parallèle sur le meurtre du préfet Erignac et d’en avoir informé par notes les services du Premier ministre et du ministre de l’Intérieur. Ces événements ont relancé en Corse le débat sur l’autonomie et ont mis en difficulté le gouvernement de Lionel Jospin. En mai, plusieurs militants nationalistes corses, soupçonnés de constituer le « groupe opérationnel » à l’origine de l’assassinat du préfet Claude Erignac, ont été interpellés et trois d’entre eux ont avoué leur participation à l’attentat.

 

4.         L'ART ET LA CULTURE CORSE  
Deux siècles après Pasquale Paoli, la francisation n’a pas totalement réduit la culture corse. Le patrimoine légué tout au long de l’histoire corse est remarquable et riche : coffres, dolmens, menhirs du néolithique, tours de la civilisation torréenne (plateau de Levie, région de Porto-Vecchio), architecture gréco-romaine (Aleria, Mariana), basiliques paléochrétiennes (Calvi, Sagone, Saint-Florent). Dès le haut Moyen Âge, un art préroman fut édifié. À la fin du XIe siècle, la République pisane construisit des cathédrales côtières dans la Castagniccia, le Nebbio et la Balagne. Cet art roman pisan est présent jusqu’au XVe siècle. À l’inverse, la présence de l’art gothique demeure limitée. Avec la Contre-Réforme naît l’art baroque. Il se développe aux XVIe et XVIIe siècles, notamment dans la région de Bastia et en Castagniccia. L’insularité, la présence génoise et les menaces permanentes des pirates barbaresques ont marqué durablement les paysages corses. Gênes a légué de nombreuses citadelles (Bonifacio, Algajola, Porto-Vecchio) et l’office de Saint-Georges a doté l’île d’un système de surveillance en édifiant des tours le long des côtes. La langue corse est également très riche. Elle s’est construite au fur et à mesure des apports extérieurs (racines celto-ligures, influences latine puis toscane et secondairement génoise). Elle reflète les « vendetta » du passé et reste principalement orale jusqu’au milieu du XIXe siècle, puis devient écrite et est enseignée à l’université de Corte. Aujourd’hui, la polyphonie corse (paghjella, chjama e rispondi) maintient une tradition et une culture, expression et reflet des luttes du passé d’une île et de ses habitants. Comparée aux réalités économiques, la culture corse a autant de sens et d’importance. L’équilibre est néanmoins difficile à conserver entre ces deux domaines parfois antagonistes.

 

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