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Japon (en japonais, Nihon, « pays du Soleil Levant »), État d’Asie orientale situé au large de la Russie et de la Corée, formé de quatre îles principales orientées selon un arc nord-est – sud-ouest (Hokkaido, Honshu, Shikoku, Kyushu) et d’une multitude d’îlots baignés par la mer d’Okhotsk au nord, par l’océan Pacifique à l’est, par la mer de Chine orientale au sud, et par la mer du Japon à l’ouest. La superficie totale du Japon est de 377 837 km2. Située sur la plus grande île, Honshu, Tokyo est la capitale et la principale ville du pays.
MILIEU NATUREL Relief
Les plaines, d’origine alluviale (plaines d’accumulation) ou tectonique (bassins d’effondrement), sont pour l’essentiel périphériques et ne couvrent que 16 p. 100 de la surface du pays. Elles sont toujours exiguës, à l’exception de celles d’Hokkaido (plaines d’Ishikari, au sud-ouest, et de Tokachi, à l’est). Sur l’île d’Honshu, les plus vastes sont celle du Kanto (où se trouvent les villes de Tokyo, Yokohama et Chiba), celle de Nobi (où se trouve Nagoya), et celle du Kansai (où sont situées les villes d’Osaka et de Kobe). Après la
montagne, la mer est le second élément caractérisant le Japon. Le pays, très
découpé, est bordé de 29 750 km de côtes, formant des paysages
extrêmement divers. Le littoral le plus découpé est celui du Pacifique, en
raison de l’action érosive des marées et des violentes tempêtes côtières.
Entre Honshu, Shikoku et Kyushu se trouve la mer Intérieure, avec ses quelque
300 îles. Elle communique avec l’océan Pacifique et la mer du Japon par
des détroits resserrés qui arrêtent les tempêtes venues de l’océan. La côte
ouest de l’archipel japonais, donnant sur la mer du Japon, est peu découpée
et ne connaît pratiquement pas de marées. Les échancrures les plus profondes
sont les baies de Wakasa et de Toyama.
Hydrographie Climat Ces différents éléments expliquent la variété des moyennes thermiques annuelles : 5 °C à Nemuro (Hokkaido) et 16 °C à Okinawa. Des étés courts et des hivers longs et rudes caractérisent Hokkaido et la portion septentrionale de Honshu. La rigueur des hivers est due en grande partie aux vents de secteur nord-ouest venus de Sibérie, et au courant froid de l’Okhotsk, ou Oyashio, qui s’écoule vers le sud dans la mer du Japon. Shikoku, Kyushu et le sud d’Honshu ont un climat presque subtropical. Elles connaissent des étés très chauds et humides, et des hivers doux avec relativement peu de neige. Le Japon se trouve sur la trajectoire des flux de moussons du sud-est, qui accentuent l’humidité étouffante des étés. Les précipitations annuelles s’échelonnent entre 1 015 mm sur Hokkaido et 3 810 mm dans les régions centrales d’Honshu. Végétation et faune Végétation
Faune Ressources et contraintes du milieu naturel Le milieu naturel du Japon est pauvre et hostile. L’eau est peut-être la seule richesse naturelle. C’est elle, notamment, qui autorise les cultures irriguées, permettant au Japon de surpasser les meilleurs rendements agricoles mondiaux (le Japon couvre à lui seul 71 p. 100 de ses besoins alimentaires) ; c’est encore elle qui entretient la couverture forestière et qui a permis au pays de se doter d’un potentiel hydroélectrique systématiquement exploité. Les ressources minérales sont, en revanche, extrêmement limitées ; hormis quelques gisements de charbon surexploités, le pays doit importer la majeure partie des matières premières nécessaires à son industrie. La persistance des fractures et du jeu des plaques tectoniques explique le volcanisme encore actif et une importante sismicité. On recense plus de 250 volcans, dont une trentaine encore en activité. Le Japon subit plus de 5 000 secousses sismiques par an, dont l’épicentre est parfois situé en mer, provoquant alors d’importants raz-de-marée (tsunami). C’est le cas, par exemple, du tremblement de terre de 1923, l’un des plus désastreux de l’histoire du Japon, qui, parti de la baie de Sagami, a fait entre 130 000 et 150 000 victimes à Yokohama et Tokyo. Le nombre élevé des victimes s’explique par la conjonction de différents facteurs : les conduites de gaz souterraines, la pratique des feux ouverts et le nombre élevé de constructions en bois. En 1995, le tremblement de terre de la région de Kobe-Osaka, d’une magnitude de 7,2 sur l’échelle de Richter, a encore fait plus de 6 000 victimes. Un autre fléau naturel frappe le Japon : les glissements de terrain, fréquents dans les secteurs argileux de l’archipel, affectant de larges langues de terre de 10 à 50 m d’épaisseur, larges parfois de plus de 500 m, et pouvant atteindre une longueur de près de 3 km. Même si leur vitesse d’écoulement est lente, de 3 à 8 m par an, elles dévastent inéluctablement rizières, forêts et agglomérations.
POPULATION ET SOCIÉTÉ Démographie Les Japonais appartiennent au rameau dit mongoloïde, comme les Chinois et les Coréens, tout en s’en distinguant par des particularités physiques et linguistiques. L’origine du peuplement de l’archipel japonais est d’ailleurs très complexe, et reste encore partiellement un mystère : les données historiques, linguistiques et archéologiques laissent penser que le brassage des peuples s’est fait très tôt, sans qu’il soit possible de déterminer avec certitude les différentes vagues de peuplement et leur provenance. Les Aïnu, population dont les origines, vraisemblablement plus proches des Australoïdes que des Mongoloïdes, sont particulièrement difficiles à déterminer, constituent le seul groupe indigène important. Des siècles de guerre, puis une assimilation par mariages intercommunautaires, font qu’aujourd’hui seuls quelques milliers d’entre eux subsistent, pour la plupart à Hokkaido. Les étrangers résidant au Japon étaient près d’1,5 million en 1997, parmi lesquels les communautés coréennes (645 000 personnes en 1997, soit 43,5 p. 100 du total des immigrés) et chinoises (252 000 personnes en 1997, 17 p. 100), implantées de longue date, sont les plus importantes. Aujourd’hui, les groupes d’immigration en constante augmentation sont ceux venus du Brésil (233 000 personnes en 1997) et des Philippines (93 000 personnes en 1997). Les Américains représentent à peine 3 p. 100 de la population d’origine étrangère. Divisions administratives et villes
principales
Institutions et vie politique Rôle de l’empereur C’est l’empereur qui détient le pouvoir spirituel sur le pays depuis les débuts de l’histoire japonaise. Il s’est arrogé également le pouvoir exécutif entre la Restauration (1868) et la fin de la Seconde Guerre mondiale (1945), date à laquelle il a retrouvé ses fonctions honorifiques. La lignée impériale est réputée ininterrompue depuis les origines, l’héritier du trône étant toujours choisi parmi les héritiers directs de l’empereur régnant ou au sein de l’une des quatre familles princières, dont le rang est égal à celui de la famille impériale. Depuis le 7 janvier 1989, c’est Akihito, fils de Hirohito, qui règne sur le Japon ; il a inauguré l’ère Heisei. Pouvoir exécutif Le pouvoir exécutif est confié à un cabinet ministériel de 18 ministres, dirigé par un Premier ministre symboliquement investi par l’empereur. Celui-ci, qui est élu par la Diète, est en général le chef du parti majoritaire. Il choisit les membres du cabinet au sein de la Diète et soumet son choix à l’approbation de cette dernière. Le Premier ministre et le cabinet sont tous deux responsables devant la Diète. Pouvoir législatif Depuis 1947, le pouvoir législatif est détenu par la Diète, composée de deux Chambres : la Chambre des représentants (Chambre basse) et la Chambre des conseillers (Chambre haute). Les représentants (au nombre de 512 actuellement, 500 aux élections de l’an 2000) sont élus pour quatre ans (sauf en cas de dissolution de la Chambre). Les membres de la Chambre des conseillers (au nombre de 252) sont élus pour six ans et renouvelés par moitié tous les trois ans. La Chambre des représentants a la prééminence sur la Chambre des conseillers ; les décisions prises par la Chambre haute peuvent faire l’objet d’un veto de la part de la Chambre basse, laquelle exerce aussi son contrôle sur les lois portant sur les traités et les questions fiscales. Le premier système de scrutin, dit « intermédiaire », a été remplacé en janvier 1994 par un système partiellement proportionnel de représentation. Dans les deux chambres de la Diète, une partie des sièges est directement pourvue lors d’élections de district, tandis que l’autre est attribuée aux divers partis politiques, en fonction des résultats des élections nationales. Tous les citoyens japonais ayant atteint l’âge de 20 ans ont le droit de vote. Pouvoir judiciaire Le système judiciaire japonais, influencé lors de sa mise en place par le système américain, est très indépendant des autres pouvoirs. Il se compose d’une Cour suprême, de huit tribunaux supérieurs (un par région), de 47 tribunaux de district (un par département, sauf Hokkaido, qui en possède quatre) et de nombreux tribunaux ordinaires. La Cour suprême, plus haute juridiction du pays, statue en dernier recours sur la constitutionnalité des lois, règlements et décrets. Elle se compose d’un président nommé par l’empereur sur recommandation du cabinet et de 14 juges nommés par le cabinet. Les tribunaux supérieurs jugent en appel les affaires civiles et criminelles traitées en première instance par les tribunaux de district. Les tribunaux ordinaires sont des tribunaux de première instance, qui ont compétence pour juger les litiges administratifs. Gouvernement local Chacun des 47 départements du Japon est administré par un gouverneur élu et une assemblée. Chaque municipalité possède une assemblée composée de représentants élus au suffrage universel. Les municipalités ont des pouvoirs assez importants. Elles contrôlent l’enseignement public et peuvent lever des impôts. Partis politiques Le premier parti politique japonais est fondé dès 1874, et les premières élections plurielles sont mises en place en 1890. La liberté politique décline cependant avec la montée du nationalisme dans les années trente, puis s’éteint pendant les années de guerre. Après la Seconde Guerre mondiale, la vie politique du Japon est dominée par le Parti libéral démocrate. Ébranlé à partir de 1993 par de nombreux scandales et une direction instable, il a été mis en échec par une coalition de partis conservateurs comprenant le Nouveau Parti du Japon, alliance entre le Parti socialiste du Japon (devenu, depuis 1991, le Parti démocrate socialiste du Japon, le Minshato) et une fraction du PLD. Les autres partis d’envergure sont le parti du Gouvernement propre (le Komeito, lié à la secte bouddhiste Sokkagakaï, parti centriste qui représente les classes moyennes et les classes les plus pauvres), le Parti socialiste (Shakaito) et le Parti communiste (Kyosanto). Trois partis réformateurs, nouvellement formés, attirent de plus en plus un électorat lassé par les problèmes de corruption des anciens partis. Ce sont le Nouveau Parti du Japon (Nihonshinto), le parti du Renouveau (Shinseito), et le Parti précurseur, le Shinto-Sakigake. Ces réformateurs ont formé en 1994 le Shinshinto, le parti de la Nouvelle Frontière. Défense nationale En vertu de l’article 9 de la Constitution qui stipule que « le Japon renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation », le Japon ne peut avoir d’armée. Depuis 1954, une force armée, limitée et dépourvue de moyens spécifiquement offensifs, a néanmoins été reconstituée et baptisée « force d’autodéfense du territoire ». Ainsi, en 1997, les forces japonaises ont regroupé 43 800 hommes dans la marine, 45 600 hommes dans l’aviation et 151 800 hommes dans l’armée de terre, soit au total 242 600 hommes. Cette même année, l’État a consacré 1 p. 100 du produit intérieur brut (PIB) aux dépenses de défense nationale. Traditionnellement, depuis la Seconde Guerre mondiale, les Japonais s’alignent, en matière de politique extérieure, sur les positions américaines, tout en conservant une certaine indépendance, voire une certaine neutralité, particulièrement en Asie. Depuis quelques années, Américains et Japonais multiplient les déclarations communes afin d’établir une alliance forte capable de maintenir la paix en Asie. Depuis la révision en avril 1996 et en septembre 1997 des principes de coopération et de défense réciproque nippo-américains, cette alliance passe par l’augmentation des forces armées japonaises. Langues et religions
Éducation Au Japon, l’enseignement est gratuit et obligatoire entre l’âge de 6 ans et 15 ans. La plupart des jeunes enfants (63 p. 100 en 1996) fréquentent cependant le jardin d’enfants (yojien) avant d’entrer à l’école primaire (shogakko). Le cycle primaire (six ans), puis le premier cycle du secondaire (chugakko, trois ans), scolarisent plus de 99 p. 100 des enfants. À l’issue du collège, la quasi-totalité des adolescents (96 p. 100 des garçons et 98 p. 100 des filles en 1996) fréquente le second cycle du secondaire (kokogakko, trois ans), dont l’enseignement est encore très général. Le Japon emmène ainsi environ 95 p. 100 d’une classe d’âge jusqu’au kokogakko sotsugyo, sorte de certificat de fin d’études secondaires générales, dont le niveau équivaut à celui du baccalauréat, et dont l’obtention permet la poursuite d’études dans l’enseignement supérieur. Une sélection, sévère dès le plus jeune âge, a lieu à chaque étape (entrée à l’université surtout, mais aussi entrée au lycée, entrée au collège, voire même parfois entrée à l’école primaire). L’examen d’entrée à l’université, national, le plus souvent fondé sur le principe du QCM, permet d’entrer dans l’une des nombreuses universités privées ou publiques, dont le prestige dépend bien sûr du résultat obtenu. Plus de la moitié des jeunes Japonais fréquentent l’enseignement supérieur. L’université (daigaku), dont le premier cycle dure quatre ans, accueille 42 p. 100 des jeunes hommes et 25 p. 100 des jeunes filles (1996) : tous obtiennent leur diplôme de fin d’études à l’âge de 22 ans, et la plupart se lancent ensuite à la recherche d’un emploi. Quelques-uns, de plus en plus nombreux avec la crise naissante au Japon, choisissent cependant de poursuivre leurs études en second cycle (daigaku-in). Ceux qui ne fréquentent pas l’université se partagent entre les très nombreuses écoles supérieures, dont l’enseignement, souvent plus court (entre un et trois ans) est beaucoup plus spécialisé. Le Japon possède environ soixante universités d’État (ex-impériales), ainsi que de nombreuses universités privées. Au nombre des plus grandes universités nationales figurent notamment la prestigieuse université de Tokyo (Tokyo Daigaku, fondée en 1877), ainsi que celles de Tsukuba (1973), de Chiba (1949), d’Hiroshima (1949), d’Hokkaido (1876) à Sapporo, de Kobe (1949), de Kyoto (1897), de Kyushu (1911) à Fukuoka, de Nagoya (1939), d’Okayama (1949), d’Osaka (1931), du Tohoku (1907) à Sendai, etc. Les plus grands établissements privés sont plus anciens, et comptent, par exemple, l’université Keio (fondée en 1868 par Fukuzawa Yukichi), les universités Waseda (1882), Hosei (1880) et Nihon (1889) à Tokyo, ou encore celle du Kansai (1886) à Osaka. L’État consacre un peu moins de 5 p. 100 du PIB aux dépenses d’éducation. Arts et vie culturelle Culture
Institutions culturelles Tokyo abrite la plupart des bibliothèques importantes. La Bibliothèque nationale ou bibliothèque de la Diète (kokuritsu kokkai toshokan), de grande renommée, est le centre international d’échanges de livres et d’informations du Japon. Sa collection de documents compte plus de 11 millions de volumes. La bibliothèque du Cabinet contient environ 549 000 volumes. Parmi les grandes collections des universités, citons celle de la bibliothèque de l’université de Tokyo (plus de 6 millions de volumes), celle de la bibliothèque de l’université Meiji (environ 1,1 million de volumes) et celle de l’université Nihon (environ 4,2 millions de volumes). Centre culturel international, Tokyo abrite de nombreux musées. Dans le parc Ueno se trouvent le musée national de Tokyo (le plus grand musée d’art du pays), le musée national des Sciences, le musée national d’Art occidental, le musée des Arts métropolitains de Tokyo et le zoo municipal. Près du Palais impérial se trouve le musée national d’Art moderne. Les théâtres sont nombreux et montent aussi bien des pièces du théâtre traditionnel japonais (comme le nô et le kabuki), que des pièces du répertoire international moderne. Plusieurs orchestres, notamment symphoniques, donnent des concerts de musique japonaise traditionnelle et moderne ainsi que d’œuvres occidentales classiques et récentes. Kyoto, dont la vie culturelle est également très riche, abrite de nombreux musées, parmi lesquels le musée national de Kyoto. Osaka est notamment le foyer du théâtre japonais de marionnettes japonais. Médias Les Japonais sont de gros consommateurs de presse écrite : 60 millions de journaux sont vendus quotidiennement dans le pays. On compte 154 quotidiens nationaux et régionaux, parmi lesquels quatre grands noms dominent : Yomiuri shinbun (plus de 13 millions d’exemplaires en 1997), Asahi shinbun (13 millions d’exemplaires), Mainichi shinbun (7 millions d’exemplaires), Nihon Keizai shinbun, un journal économique (3,6 millions d’exemplaires). La presse hebdomadaire et mensuelle comprend, quant à elle, une large gamme de publications, de la politique aux magazines féminins, de la décoration aux révélations sur la vie privée des vedettes. De nombreux titres étrangers et particulièrement français (Marie-Claire, Elle, Figaro Madame, etc.) ont une édition japonaise. Phénomène typiquement nippon, les manga — bandes dessinées brochées vendues en kiosque — connaissent un succès phénoménal. L’humour, le rêve, l’amitié sont les thèmes favoris des publications destinées à la jeunesse, tandis que les plus grands feuillettent volontiers des mangas dans lesquels les histoires sont souvent traitées de manière violente et érotisée. Il existe actuellement 17 chaînes de télévision au Japon. Deux d’entre elles, NHK et NHK Education, financées par la redevance et sans publicité, émettent dans tout le pays. Fuji TV et Asahi TV sont les deux plus grandes chaînes privées du Japon, mais il en existe de nombreuses autres, privées et généralement liées aux grands groupes de presse et aux radios, qui ont en général une diffusion régionale plus restreinte. ÉCONOMIE Généralités Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, une grande partie de l’économie du Japon se trouve soumise au contrôle d’une douzaine de cartels d’origine familiale, connus sous le nom collectif de zaibatsu (littéralement « clique financière »). Les plus importantes de ces familles, comme les Mitsui, les Iwasaki (Mitsubishi), les Sumitomo ou les Yasuda, exercent leur contrôle sur la quasi-totalité des industries du charbon, du fer, de la pâte à papier et de l’aluminium. En 1946, les autorités alliées d’occupation les interdisent, pour finalement les laisser se reconstituer dès 1949 sous le nom de zaikai. Avec l’appui des douze « city banks », les banques qui gèrent leur capital, les cartels récupèrent rapidement leurs positions et accroissent leur poids au sein de l’économie japonaise. Le Japon constitue la deuxième puissance économique mondiale après les États-Unis. Son produit intérieur brut (PIB) s’élevait en 1996 à 4 597,4 milliards de dollars. Le pays se place en outre au 6e rang mondial pour son PIB par habitant. Le taux de chômage, en hausse depuis ces dernières années (4,8 p. 100 de la population active, mai 1999) porte à 3,42 millions le nombre de travailleurs sans emploi. Agriculture, forêts, pêche L’urbanisation et l’industrialisation massives du pays ont conduit à une baisse de la population rurale et de la population active du secteur primaire, suivie ces dernières années d’une diminution régulière de la surface cultivée et de la production totale. Plus de 40 p. 100 des 5 millions d’ha cultivables sont toujours consacrés à la riziculture, fortement protégée. La production est subventionnée par une caisse de contrôle du riz qui fixe les prix et garantit aux agriculteurs un revenu élevé. En 1996, le pays a produit 13 millions de tonnes de riz, occupant le 8e rang mondial — une quantité cependant insuffisante qui oblige le Japon à importer du riz, notamment californien. Les céréales, blé, orge, avoine, cultivées dans le nord d’Honshu et sur l’île d’Hokkaido, sont en recul constant, et le Japon complète ses ressources en important du blé australien et américain : il est d’ailleurs le premier importateur de céréales du monde, avec 26,9 millions de tonnes en 1996, pour 11,5 p. 100 du total mondial. L’élevage, peu développé en raison du manque de pâturages, est une activité traditionnelle à Hokkaido et au nord de l’île d’Honshu. Thé (86 000 t en 1996, 7e producteur mondial), canne à sucre, soie (2 200 t en 1996, 5e producteur mondial) et coton sont les principales productions du sud du Japon. L’exiguïté caractérise les exploitations agricoles : 70 p. 100 des fermes ont moins de 1 ha de superficie. Beaucoup d’agriculteurs travaillent à mi-temps dans l’industrie. Les deux tiers du Japon sont occupés par la forêt, dont 40 p. 100 environ est peuplée par des variétés de bois tendre. L’État possède environ 30 p. 100 de la forêt japonaise. Une Agence forestière gère les ressources et contrôle le reboisement. Malgré ce potentiel, l’économie forestière est en régression et, pour satisfaire la demande intérieure qui s’accroît régulièrement, le Japon doit importer du bois. La production en 1993 a été de 32,6 millions de m3. La pêche est l’une des industries les plus importantes du Japon, les Japonais étant parmi les plus gros consommateurs mondiaux de poisson. Le pays est le 3e producteur mondial avec 7,4 millions de tonnes de prises (1997). La flotte hauturière japonaise est l’une des plus importantes du monde. Complètement industrialisée, elle concourt pour environ 25 p. 100 au total des prises. La pêche côtière représente presque la moitié de la production totale. L’aquaculture (pisciculture, ostréiculture) est pratiquée dans les eaux calmes de la mer du Japon. Les plantations d’algues d’Honshu fournissent des comestibles conditionnés en lamelles ou en farines ; après broyage, les thalles sont utilisés dans l’industrie des colles. Mines et industries Les ressources minières du Japon sont variées mais limitées. Pierre à chaux, cuivre, plomb, zinc et quartzite sont extraits en quantités insuffisantes pour satisfaire la demande intérieure. Le charbon est la seule matière première présente en quantité substantielle. Il est extrait à l’est d’Hokkaido, à Fukuoka et à Kyushu. Ce sont, toutefois, des charbons pauvres et d’extraction difficile. Le Japon est l’un des premiers producteurs mondiaux d’électricité. En 1997, la production annuelle d’électricité a atteint 1 027,7 milliards de kWh, dont 59,2 p. 100 d’origine thermique (7e producteur mondial), 9,3 p. 100 d’origine hydraulique et 31,5 p. 100 d’origine nucléaire (3e producteur mondial). L’insuffisance de ses ressources énergétiques oblige le Japon à importer en grande quantité des matières premières, qui constituent le premier secteur d’importations (le Japon est le premier importateur mondial de pétrole). Quasi détruite au sortir de la Seconde guerre mondiale, l’industrie japonaise s’est reconstruite en l’espace de trente ans. La croissance industrielle a atteint une moyenne de 9,4 p. 100 par an au cours de la période 1965-1980, et elle a été de 6,7 p. 100 par an jusqu’en 1988. Le Japon est aujourd’hui la deuxième puissance industrielle du monde. Le pays se place aux premiers rangs mondiaux pour la construction navale, les industries électroniques, la construction automobile et la sidérurgie. En 1997, le Japon a produit 104,5 millions de tonnes d’acier, ce qui en fait le 1er producteur mondial. Encouragées par une monnaie forte, les entreprises japonaises délocalisent de plus en plus leurs activités à l’étranger. Secteur tertiaire En 1996, le secteur tertiaire a employé 61,7 p. 100 de la population active et a fourni près de 58 p. 100 du PIB. Secteur financier L’unité monétaire du Japon est le yen, divisé en cent sen. La Banque du Japon, établie en 1882, est la banque centrale, seul organisme à pouvoir émettre la monnaie. Les banques commerciales (plus de 85) constituent le cœur du système financier japonais. Transports Les plus importantes lignes de chemin de fer, nationalisées en 1907, ont à nouveau été privatisées en 1987. La longueur du réseau est de 27 450 km, dont 55 p. 100 sont électrifiés. La construction de 7 000 km de voies nouvelles pour le train à grande vitesse, le Shinkansen (« train projectile »), a commencé au début des années soixante-dix. Le Japon possède l’une des plus grandes flottes marchandes du monde avec près de 7 400 unités, totalisant 24 millions de tonnes de charge utile. Les transports aériens sont tout aussi développés : Japan Airlines (JAL), fondée en 1951, assure à partir de Tokyo les liaisons avec l’Europe, l’Amérique, le Proche-Orient et le Sud-Est asiatique. Compagnie nationale à l’origine, All Nippon Airways (ANA) est devenue une compagnie internationale. Commerce extérieur En 1997, les importations ont atteint un montant total de 334,7 milliards de dollars, et les exportations 416,2 milliards de dollars, ce qui place le Japon au 3e rang mondial des pays exportateurs. Les produits manufacturés entrent pour plus de 90 p. 100 dans le montant total des exportations ; le pétrole brut et le pétrole raffiné représentent 18,4 p. 100 des importations, les matières premières — comme le bois, les minerais et les métaux — 6,4 p. 100 ; et les produits alimentaires 13,62 p. 100. Jusqu’en 1993, les importations de riz ont été interdites, mais de mauvaises récoltes, en 1993-1994, ont amené le Japon à en importer d’urgence environ 1 million de tonnes, en provenance de Thaïlande, d’Australie et des États-Unis. En 1994, la conclusion de l’Uruguay Round (voir GATT) et les dispositions de l’accord sur l’Organisation mondiale du commerce ont conduit le Japon à accepter d’ouvrir davantage son marché intérieur, jusqu’alors fortement protégé. Le commerce extérieur est un élément essentiel de l’économie japonaise. En effet, le marché intérieur est incapable d’absorber entièrement les produits manufacturés fabriqués par l’industrie japonaise. De plus, placé dans l’obligation d’importer une grande partie des matières premières dont dépendent ses industries, le pays se doit d’exporter une part substantielle de sa production nationale. Le Japon a utilisé les énormes excédents commerciaux accumulés pendant les années soixante-dix et quatre-vingt pour réaliser à l’étranger des investissements massifs. En 1996, les pays d’Asie et du Proche-Orient ont représenté environ 42,9 p. 100 du total des importations (48,9 p. 100 pour tous les pays en voie de développement) et 39,2 p. 100 pour les exportations. Les États-Unis sont les premiers partenaires commerciaux du Japon, puisqu’ils fournissent 22,3 p. 100 des importations et absorbent 27,8 p. 100 des exportations (chiffres de 1997). En Asie et au Proche-Orient, les principaux partenaires commerciaux du Japon sont la Corée du Sud, la Chine, Taiwan, Hong Kong, l’Indonésie, l’Arabie saoudite et Singapour. La part des pays de l’Union européenne, en particulier l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne, ne représente que 15,3 p. 100 des importations et 14,2 p. 100 des exportations du Japon. HISTOIRE Le Japon entre dans l’histoire entre le Ve siècle et le VIIe siècle apr. J.-C., lorsqu’il commence à utiliser le système d’écriture de son grand voisin la Chine pour son propre usage. Les premiers témoignages de l’histoire japonaise conservés sont le Kojiki (« Récit des faits anciens », 712) et le Nihon Shoki (« Chroniques du Japon », 720). Ces deux écrits historiques relatent les légendes liées à la fondation mythique du Japon par l’empereur Jinmu (fixée en l’an 660 av. J.-C.), descendant de la déesse du soleil Amaterasu Omikami (voir mythologie japonaise), ainsi que les événements les plus récents de l’histoire politique — notamment la constitution du pays en temps qu’État autonome. Cependant, le peuple japonais apparaît déjà dans les annales chinoises, en tant que peuple barbare payant (ou non) un tribu à l’empereur chinois. Les premiers
peuplements (30 000 av. J.-C.-593 apr. J.-C.) L’origine des premiers habitants de l’archipel japonais demeure un sujet de controverses, mais il semble désormais établi que le peuple japonais résulte du mélange de plusieurs populations assez distinctes : un peuple ancien, déjà présent au moment de la dernière glaciation, entre 30 000 et 20 000 ans av. J.-C., et au moins deux peuples arrivés sur l’archipel vers cette époque — alors que le Japon, l’Asie et l’Amérique étaient reliés par une large bande de glace —, l’un sans doute venu du sud-est du continent asiatique et l’autre vraisemblablement des plaines de Sibérie et de Chine. La période de Jomon
(8000 av. J.-C.-300 av. J.-C.) La période d’Yayoi
(300 av. J.-C.-300 apr. J.-C.) La période d’Yayoi marque une rupture très nette sur le plan culturel avec la période de Jomon ; elle se caractérise par l’arrivée sur l’archipel d’un grand nombre de techniques et de matériaux venus du continent, dont l’adoption rapide permet la naissance d’une civilisation profondément originale. Outre le riz et les techniques nécessaires à sa culture, arrive au Japon le métal (le bronze — mais sans qu’il y ait « d’âge du bronze » à proprement parler — et surtout le fer — très rapidement adopté, notamment pour la fabrication des armes) et les techniques qui permettent de le travailler. Le développement de petites surfaces consacrées à la riziculture favorise l’apparition d’une société agricole primitive organisée en petites communautés. Selon les sources chinoises et plus particulièrement l’Histoire des Han antérieurs, puis la Monographie relative aux Wei, l’archipel est alors habité par un peuple nommé « Wa » par les Chinois, divisé en une centaine de petits pays qui se fédèrent à la fin du IIIe siècle en un État appelé Yamatai, sous l’autorité d’une reine, Himiko. Les recherches archéologiques les plus récentes n’ont toujours pas révélé les secrets de cet État primitif : on ne sait rien de son emplacement exact, ni de son destin. Certains historiens le considèrent comme l’ancêtre du royaume du Yamato, qui apparaît dans la plaine de Nara au IVe siècle apr. J.-C., et dont l’existence est en revanche bien attestée. La période de Kofun (300-593) Les recoupements entre les découvertes archéologiques, les chroniques chinoises de la fin de la dynastie Han et les premières annales japonaises permettent d’accréditer la tradition qui veut qu’entre le IIIe et le Ve siècle se soit formé, au sud de l’actuelle Kyoto, un premier État que les chroniques chinoises appellent « royaume du Yamato ». Il semblerait, en effet, qu’à peu près à cette époque, un groupe plus puissant que les autres parvienne à fédérer sous son autorité les petits royaumes de la plaine de l’actuelle Nara, peut-être avec l’aide d’immigrés venus du royaume coréen de Paekche. Dès la seconde moitié du Ve siècle, l’influence de la cour du Yamato s’étend du sud de Kyushu à l’est du Kanto — comme en témoignent de récentes découvertes archéologiques —, tandis que se mettent en place des relations diplomatiques officielles avec la Corée et la Chine des Song. Ces contacts permettent, en particulier, l’introduction progressive de l’écriture, qui marque l’entrée du Japon dans l’histoire. La supériorité de la cour du Yamato résulte, en fait, essentiellement d’un jeu d’alliances entre le clan dirigeant et les grandes familles (uji), dont l’influence et la puissance ne cesse de croître, notamment à partir du VIe siècle. La cour du Yamato préside à l’introduction du bouddhisme, que l’on situe en général en l’an 538, date à laquelle le roi de Paekche envoie au Japon une statue et quelques textes bouddhiques. Cette culture s’enracine très fortement dans l’archipel et dès le VIIe siècle, le bouddhisme devient la religion officielle du Japon. La période ancienne (593-1185) 5.2.1. La période d’Asuka (593-710) Les réformes de Shotoku Taishi sont poursuivies par ses successeurs : le prince Naka no Oe, futur empereur Tenji, et son conseiller Nakatomi no Kamatari (614-669) — auquel est plus tard octroyé le nom familial de Fujiwara — parviennent en 645 à éliminer le clan Soga et promulguent la même année les premiers décrets de la réforme de l’ère Taika (645-649), dont l’objectif principal est de renforcer le pouvoir de la maison impériale et d’affaiblir les clans. L’administration du royaume se fait désormais selon le modèle chinois : le code de l’ère Taika est ainsi suivi par ceux de Kiyomihara, Taiho et Yoro, dont les mesures permettent la mise en place progressive de ce que les historiens appellent « l’État régi par les codes » (ritsuryo), très centralisé et dominé par une bureaucratie puissante et très hiérarchisée. La période de Nara (710-784) La population augmentant régulièrement, le pays manque rapidement de rizières à répartir selon le système mis en place par les réformes de l’ère Taika. Dès 723, un décret autorise ainsi ceux qui défrichent de nouvelles terres d’en jouir pendant trois générations. En 743, cette exception au système de répartition s’étend et permet notamment aux temples et aux grandes familles d’acquérir de vastes domaines sans limitation dans le temps. C’est à cette époque que sont élaborées les deux premières histoires nationales, le Kojiki (712) et le Nihon Shoki (720), et qu’est compilée la première grande anthologie poétique, le Manyoshu (« Recueil des dix mille feuilles », v. 760), tandis que se développent un art et une architecture encore largement influencés par la Chine, mais dont certains traits originaux commencent à se dégager. Le développement des temples et du clergé bouddhiste (les six sectes de Nara) devenant une charge de plus en plus pesante pour les empereurs, Kanmu (qui règne de 781 à 806) cherche à se dégager de leur influence en transférant en 784 la capitale impériale à Nagaoka puis, dix ans plus tard, à Heian-kyo (actuelle Kyoto), capitale en titre jusqu’en 1868. La période de Heian (794-1185) Les Fujiwara À partir de la seconde moitié du IXe siècle, le pouvoir temporel échappe progressivement à la famille impériale pour se concentrer entre les mains des Fujiwara, lesquels mettent en place une politique habile leur permettant de systématiquement s’arroger la charge de sessho (régent) ou de kanpaku (chancelier) d’un jeune empereur né d’une des demoiselles du clan. Ainsi, lorsque l’empereur Montoku meurt en 858, laissant le trône au jeune empereur Seiwa (alors âgé de huit ans), son grand-père Fujiwara no Yoshifusa prend le titre de régent, initiant une tradition guère contestée jusqu’à la fin du Xe siècle. Les Fujiwara accaparent dès lors la plupart des charges officielles, à la Cour comme dans l’administration ; ils s’imposent au sein de la famille impériale en mariant, génération après génération, leurs filles aux empereurs : ceux-ci sont encouragés à abdiquer en faveur de leurs successeurs, encore enfants et aussitôt placés sous la régence d’un Fujiwara. Le plus important des membres de la famille reste Fujiwara no Michinaga (966-1028), dont les cinq filles épousent des empereurs, ce qui lui permet de contrôler absolument la Cour entre 995 et 1028. L’époque des Fujiwara est marquée par le développement d’une culture nationale dégagée de ses influences chinoise et coréenne. Le temps de Fujiwara no Michinaga est également celui de l’apogée culturelle de la Cour de Heian, notamment sur le plan littéraire avec des femmes écrivains telles que Murasaki Shikibu, auteur du Dit du Genji (Genji monogatari, début XIe siècle) ou encore Sei Shonagon. Sur le plan politique et économique, l’autorité centrale s’affaiblit progressivement : les deux grandes sectes bouddhistes nées à cette époque, tendai et shingon, acquièrent des domaines immenses, tandis que les aristocrates provinciaux se taillent de grands fiefs, souvent exemptés de taxes, qu’ils administrent personnellement. Un seigneur du clan des Taira ose même se proclamer empereur en 940. Cet événement est révélateur de la tendance qui se dessine : les clans seigneuriaux, de plus en plus autonomes, commencent à organiser leurs provinces en véritables États et à se lancer dans des guerres de conquête. La guerre des clans Cependant, dans les provinces, commence à se développer un monde guerrier dont les ambitions sont assez éloignées des préoccupations des aristocrates de la Cour. Les samouraï, au service de propriétaires terriens restés à la capitale dont ils administrent les terres, s’organisent en clans de plus en plus puissants. Les clans les plus importants sont alors les Taira, protégés par les empereurs retirés, qui acquièrent une renommée militaire et établissent leur pouvoir dans le sud-ouest du pays autour de la mer Intérieure, et les Minamoto, proches des Fujiwara, font de même dans les vastes plaines du Kanto.
Les Taira dominent désormais le pays, tandis que Kiyomori s’arroge les postes les plus élevés de la Cour. Calquant sa politique sur celle des Fujiwara, il distribue les emplois de la Cour aux membres de sa famille et marie sa fille à un prince impérial, dont le jeune fils Antoku devient empereur en 1180. La même année, Minamoto no Yoritomo, qui a établi son quartier général dans l’est du pays (à Kamakura), saisit le prétexte d’un soulèvement organisé par son cousin Yoshinaka pour de nouveau déclencher les hostilités. Cette première bataille est un échec, mais lorsque Yoshinaka décide d’attaquer la capitale impériale en 1183, Yoritomo a rassemblé suffisamment d’hommes pour que son armée, dirigée par son brillant frère cadet Minamoto no Yoshitsune, parvienne à porter secours à l’empereur retiré Go-Shirakawa. Les batailles se succèdent, repoussant les Taira vers l’ouest du Japon, jusqu’à la bataille décisive de Dan no Ura, qui marque symboliquement la fin de l’époque antique et le début du Moyen Âge. Le Moyen Âge (1185-1573) La période de Kamakura (1185-1333) En 1192, Minamoto no Yoritomo est nommé par l’empereur Seiitai shogun, (littéralement « général chargé de la lutte contre les barbares », abrégé en shogun), inaugurant ainsi le bakufu (littéralement, « gouvernement de la tente ») de Kamakura, gouvernement militaire d’un genre nouveau, dont naît alors une forme de féodalité qui perdure, sous différentes formes, jusqu’à la fin du XIXe siècle. Le règne des Minamoto est de courte durée. Dès 1219, faute d’héritiers Minamoto adultes, les Hojo s’arrogent le titre de régent héréditaire (shikken), qu’ils conservent jusqu’en 1333. Les « troubles de l’ère Jokyu » au cours desquels l’empereur retiré Go-Toba tente de renverser le shogunat, n’empêchent pas les Hojo d’établir fermement leur pouvoir. En 1232 est ainsi édicté un nouveau code civil et pénal en 51 articles, resté en vigueur jusqu’à la fin du XIXe siècle. Le Japon guerrier est certes un Japon plus rude et plus violent que celui de l’époque précédente, mais il est cependant au cœur d’une civilisation brillante et novatrice. Sur le plan littéraire, la lutte entre les Taira et les Minamoto, ainsi que la chute tragique des premiers, inspire une nouvelle écriture, aux accents épiques, dont le chef-d’œuvre est sans doute le Dit des Heike (Heike monogatari, v. 1220). La poésie de cour, toujours vivante, est marquée par la compilation de nouvelles anthologies, qui consacrent des poètes tels que l’empereur Go-Toba lui-même, ou Fujiwara no Sadaie. L’époque de Kamakura est également une période de grand dynamisme religieux. De nombreuses sectes apparaissent, supplantant rapidement les écoles tendai et shingon de l’époque précédente, proposant une foi et une pratique moins aristocratique, plus accessible aux laïcs. Parmi ces nouveaux courants, l’amidisme — dont la pensée est en particulier développée par les moines Genku et Shinran — promet à ses fidèles la renaissance en Terre Pure à la seule condition de croire en la puissance d’Amida ; il se répand très rapidement parmi les couches populaires. À la même époque, le bouddhisme zen est adopté par de nombreux guerriers, qui puisent dans cette doctrine une philosophie et une foi capables de les aider sur le champ de bataille. Deux nouvelles écoles zen sont alors créées, la secte rinzai, fondée par le moine Eisai, et la secte soto, fondée par Dogen. En 1253, le moine Nichiren fonde une autre secte, appelée secte du Lotus ou secte nichiren (Nichiren-shu), dont la puissance politique ne cesse de croître. Pendant plus de cent ans, les Hojo se maintiennent au pouvoir. Leurs officiers et leurs gouverneurs de provinces acquièrent de l’influence sur leurs terres et forment à leur tour de nouveaux clans militaires. En 1274 puis en 1281, l’Empire mongol, qui contrôle déjà la Chine et la Corée, essaie de soumettre le Japon. Les Mongols sont repoussés de justesse, en partie grâce au typhon resté célèbre sous le nom de kamikaze, « vent des Dieux ». La restauration de Kenmu et la période de Nanbokucho (1333-1392) Facilement repoussées, les invasions mongoles laissent cependant le régime des Hojo épuisé et très appauvri. L’empereur Go-Daigo, intronisé en 1318 puis exilé pour avoir tenté de s’opposer au shogunat, envisage de profiter de cette faiblesse pour rassembler autour de lui suffisamment de partisans pour renverser le pouvoir en place. Il reçoit le soutien de Ashikaga Takauji (1305-1358), seigneur du clan Ashikaga et chef militaire chargé par les Hojo de maintenir l’ordre : le shogunat est renversé et le pouvoir revient à l’empereur Go-Daigo. Cette période, appelée restauration de Kenmu, ne dure qu’à peine trois ans (1333-1336). Mécontent du peu de reconnaissance que Go-Daigo lui témoigne, Ashikaga Takauji le chasse de la capitale en 1336, intronisant un nouvel empereur, dont il reçoit la charge de shogun en 1338. Go-Daigo part se réfugier dans les montagnes au sud de Nara et y fonde une seconde cour impériale. Commence alors une longue période de guerre civile que les historiens appellent période de Nanbokucho (littéralement, « époque des cours du sud et du nord »), qui ne s’achève qu’en 1392 lorsque le shogun Yoshimitsu obtient le retour de la cour du sud et la réconciliation des deux branches impériales. La période de Muromachi (1338-1573) Le gouvernement des Ashikaga Désormais shogun, fondateur de la lignée des Ashikaga, Takauji entreprend de renforcer son pouvoir dès les premières années de son règne. La tâche n’est pas aisée, puisque que les guerres civiles ne cessent de se succéder. Il faut attendre le gouvernement de son fils Yoshiakira (shogun de 1358 à 1367) et surtout son petit-fils Yoshimitsu (shogun de 1358 à 1394) pour que parvienne à s’établir un fragile équilibre. Un commerce officiel est notamment entrepris avec la Chine, permettant un essor économique important et le développement d’une bourgeoisie urbaine. La stabilité n’est cependant que de courte durée. Dès le début du XVe siècle, le gouvernement central perd de son pourvoir, au profit des chefs militaires installés dans les provinces, les shugo daimyo. La majeure partie du pays échappe ainsi au contrôle shogunal, tandis que les campagnes sont secouées par de fréquentes révoltes paysannes. L’essor économique et culturel Malgré la fréquence et la violence des troubles politiques et sociaux, le shogunat des Ashikaga est une période d’essor culturel sans précédent. Ashikaga Yoshimitsu, le troisième shogun, se fait protecteur des arts et des lettres — un art largement inspiré de l’esthétique de la Chine des Ming puis des Song, importé au Japon par les moines zen et les penseurs confucianistes, dont l’influence est alors en plein développement — notamment représenté par Zeami pour le théâtre nô, Sen no Rikyu pour la cérémonie du thé, Sesshu, etc. De nouvelles influences pénètrent également, grâce à l’arrivée des Portugais qui débarquent à Kagoshima en 1543. Leurs mousquets sont vite copiés par les artisans locaux, transformant ainsi l’art de la guerre au Japon. Pour sa part, saint François Xavier, missionnaire jésuite, introduit le christianisme dans le pays en 1549. Les « Provinces en guerre » ou période de Sengoku Les troubles de l’ère Onin (1467-1477) marquent symboliquement l’entrée du Japon dans la période dite des « Provinces en guerre » ou période de Sengoku, pendant laquelle les seigneurs provinciaux (daimyo), tentent d’étendre leur pouvoir sur leurs terres, avant d’entrer en guerre de manière quasi systématique contre leurs voisins. De cette anarchie, bientôt étendue à tout le territoire, émergent cependant certains seigneurs encore plus ambitieux, dont le but affirmé est l’unification politique du Japon. Parmi ceux-là, on citera en particulier Takeda Shingen et son rival Uesugi Kenshin, mais aussi Oda Nobunaga et Tokugawa Ieyasu. L’époque moderne (1573-1868) La période d’Azuchi-Momoyama
(1573-1603)
Les vassaux d’Hideyoshi rompent rapidement le serment d’allégeance qui les lie à son jeune fils et commencent à se quereller au sujet de la succession ; néanmoins, Tokugawa Ieyasu écrase les prétendants en 1600 à la bataille de Sekigahara. Contrairement à son prédécesseur, le nouveau maître du Japon a songé à s’inventer une généalogie fictive lui permettant de s’établir une ascendance Minamoto ; aussi la Cour peut-elle lui octroyer la charge de shogun en 1603, fondant ainsi le shogunat des Tokugawa, et ouvrant une période de stabilité politique qui dure jusqu’à la fin du XIXe siècle, la période d’Edo. La période d’Edo (1603-1868) Une nouvelle organisation politique et
sociale
La fermeture du pays
Les relations avec l’Occident Lorsque les États-Unis, désireux d’investir le marché japonais, frappent à la porte diplomatique du pays en 1853 en la personne du commodore Matthew Perry, le gouvernement — affaibli par les crises politiques et ne parvenant pas à enrayer le marasme économique — n’est manifestement pas en mesure d’opposer une puissante résistance. La menace militaire étant bien réelle, le shogunat signe donc la convention de Kanagawa en mars 1854, ouvrant le pays au commerce international. Elle est suivie d’un traité commercial, négocié avec difficultés par Townsend Harris entre 1855 et 1858, bientôt ratifié par les Américains, les Anglais, les Français et les Russes. En 1860, une ambassade japonaise est envoyée aux États-Unis, et deux ans plus tard, des missions commerciales japonaises font le tour des capitales européennes, afin de négocier des accords officiels. Le Japon s’ouvre alors à l’Occident, davantage en raison des démonstrations de la force occidentale que du désir des Japonais d’entretenir des relations avec l’étranger. Les traités donnent aux Occidentaux des privilèges considérables, y compris celui de l’extraterritorialité. Tandis que l’ouverture à l’étranger est le catalyseur d’une crise politique intérieure — qui provoque, à terme, la chute des Tokugawa. L’opposition vient de trois clans : les Satsuma, les Choshu et les Tosa. Leurs sentiments anti-étrangers vont de pair avec leur hostilité aux Tokugawa et le souhait d’une « restauration » impériale que résume un slogan : sonno joi (« révérez votre empereur, expulsez les barbares »). Ils se rallient autour de l’empereur à Kyoto et, grâce au soutien impérial, prennent l’initiative d’attaques militaires sur terre et sur mer, dirigées contre les navires étrangers qui se trouvent dans les ports japonais. Les efforts des shoguns pour empêcher ces actions demeurent sans effet. Le mouvement contre les étrangers prend fin en 1864, après le bombardement de Shimonoseki par des navires de guerre occidentaux. Dès lors, les Japonais comprennent qu’il devient impossible de les chasser et se mettent à l’école de l’Occident. Les féodaux de Satsuma, Choshu, Tosa et d’autres fiefs fomentent un coup d’État. Le dernier shogun, Tokugawa Yoshinobu, abdique à la fin de 1867 tandis que les partisans de l’empereur, déterminés à forcer la décision, proclament, le 3 janvier 1868, la restauration impériale à Kyoto. La période contemporaine (depuis 1868) L’ère Meiji (1868-1912) L’unification définitive du pays
Une société
nouvelle
Une politique extérieure agressive Dès 1879, le Japon a pris possession des îles Ryukyu, sous protectorat japonais depuis 1609. La conquête de la Corée est l’étape suivante de son expansion. La guerre sino-japonaise (1894-1895) voit triompher l’armée japonaise. Aux termes du traité de Shimonoseki (1895), la Chine cède au Japon Formose (Taiwan), Penghu, et lui verse une indemnité financière considérable. Le traité accorde également au Japon la péninsule de Liaodong (sud de la Mandchourie), mais la Russie, la France et l’Allemagne contraignent le pays à accepter, en lieu et place, une forte indemnité. En se lançant dans une politique coloniale, le Japon entre en conflit avec son puissant voisin, la Russie, laquelle cherche à s’étendre dans le nord-est de l’Asie à partir de la Sibérie. Les deux puissances signent, en 1898, un traité garantissant l’indépendance de la Corée, mais restant très favorable aux intérêts commerciaux du Japon. Toutefois, à la suite de la révolte des Boxers (1898-1900), les Russes occupent la Mandchourie et, de là, commencent à s’introduire dans le nord de la Corée. En 1904, après l’échec de multiples tentatives de négociations, le Japon attaque Port-Arthur, territoire du sud de la Mandchourie cédé à bail aux Russes, puis rompt les relations diplomatiques avec la Russie avant d’entrer en guerre contre cette dernière (voir guerre russo-japonaise). La flotte japonaise écrase rapidement la flotte russe à Tsushima, tandis que sur terre elle s’empare de Port-Arthur. Le Japon, aussi épuisé que son adversaire, s’empresse de répondre aux offres de médiation du président américain Theodore Roosevelt, et un traité de paix est signé à Portsmouth (New Hampshire) le 5 septembre 1905, traité qui accorde un temps au Japon le bail sur la péninsule de Liaodong, y compris le territoire du Guandong, ainsi que la moitié sud de Sakhaline. De plus, la Russie doit reconnaître les intérêts japonais en Corée, laquelle est officiellement annexée par le Japon et rebaptisée Chosen en 1910. L’ère Taisho (1912-1926) Le futur empereur Taisho, de santé fragile, succède à son père en 1912, et les militaristes triomphent au gouvernement. Après le refus des Allemands d’évacuer le territoire de Jiaozhou (Kiao-tcheou), dans le nord-est de la Chine, le Japon se range dans le camp des Alliés lors de la Première Guerre mondiale. Les troupes impériales occupent les colonies allemandes des îles Marshall, Carolines et Mariannes, dans l’océan Pacifique. En 1915, un ultimatum en 21 points est adressé à la Chine, revendiquant des privilèges économiques sur les chemins de fer et les exploitations minières, ainsi que la promesse que la Chine ne céderait ni ne donnerait à bail à aucune autre nation que le Japon, le territoire côtier situé en face de Taiwan. L’ultimatum est accepté par les Chinois, préfigurant la politique japonaise en Asie. Le Japon, dépendant de l’extérieur, n’a que deux possibilités pour s’assurer des débouchés : l’annexion dans la tradition coloniale ou le règlement à l’amiable. La question chinoise doit orienter la politique japonaise et finalement mener à la guerre. En 1916, la Chine cède au Japon ses droits commerciaux en Mongolie-Intérieure et dans le sud de la Mandchourie. À la suite du traité de Versailles (1919), le Japon se voit attribuer les îles du Pacifique qu’il a préalablement occupées, sous forme d’un mandat concédé par la Société des Nations, dont le pays est adhérent. Le territoire de Jiaozhou, précédemment donné à bail, est également cédé au Japon mais l’empire le restitue à la Chine en 1922, aux termes du traité de Shandong (Chantoung) signé au cours de la conférence de Washington en 1922. Celle-ci aboutit, en outre, à la signature du traité des Quatre Puissances par lequel le Japon, la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis s’engagent à respecter mutuellement les territoires en leur possession dans l’océan Pacifique et à se consulter en cas de menace sur leurs droits territoriaux. Enfin, le traité des Neuf Puissances (Belgique, Grande-Bretagne, Pays-Bas, Portugal, Japon, France, Italie, Chine et États-Unis) garantit l’intégrité territoriale et la souveraineté de la Chine. Un traité complémentaire entre la Grande-Bretagne, les États-Unis, le Japon, la France et l’Italie prend des mesures relatives aux armements maritimes : désormais, le tonnage total des navires de guerre japonais ne peut dépasser 315 000 tonnes. En acceptant ces traités, le Japon fait montre d’une attitude plus conciliante envers la Chine. Néanmoins, l’ambition japonaise de contrôler le Sud-Est asiatique demeure entière. Les relations russo-japonaises se tendent après la révolution russe de 1917 et l’invasion de la Sibérie et du nord de Sakhaline par les Japonais en 1918. Elles se stabilisent quand le Japon reconnaît le régime soviétique en 1925, même si l’opposition reste latente. Sur le plan intérieur, le Japon, ébranlé par le terrible tremblement de terre qui a ravagé Tokyo et Yokohama (1923), subit un regain d’influence des militaires, qui font proclamer la loi martiale et favorisent le mouvement de retour aux traditions et à la xénophobie. Le difficile apprentissage de la démocratie se poursuit néanmoins : en 1919, une loi double le nombre des électeurs (le portant à 3 millions) puis, pour répondre à des revendications de plus en plus aiguës, le suffrage universel est accordé en 1925. Le nombre des électeurs passe alors à 14 millions. L’ère Showa (1926-1989) L’occupation de la Mandchourie À la fin des années vingt, le Japon fait de la Mandchourie un protectorat de fait. Le 18 septembre 1931, l’armée japonaise s’empare des arsenaux de Moukden (Shenyang) et de plusieurs villes voisines. Les troupes chinoises doivent se retirer. Sans approbation officielle de la part de l’empereur et du gouvernement japonais — et dépassant souvent les désirs de l’état-major impérial —, l’armée du Guandong étend le théâtre de ses opérations à toute la Mandchourie et, en l’espace de cinq mois environ, se rend maîtresse de l’ensemble de la région. Imprégnés de l’idéal expansionniste prôné par des sociétés ultranationalistes comme la société du Dragon noir, les officiers assurent avec zèle la protection des intérêts nationaux par la conquête, sans se soucier des directives des politiciens. La Mandchourie devient un État fantoche, offert sous le nom de Mandchoukouo au dernier héritier des souverains mandchous, Puyi, qui en est couronné empereur en 1934. Après enquête, la Société des Nations engage le Japon à cesser les hostilités en Chine. Le Japon réplique en se retirant de la SDN, retrait qui devient effectif en 1935. Il débarque des troupes à Shanghai afin de briser le boycott chinois sur les marchandises japonaises. Au nord, l’armée japonaise de Mandchourie occupe et annexe l’ancienne province de Rehe et menace d’occuper les villes de Pékin et de Tianjin. Incapable de résister à la supériorité militaire nippone en mai 1933, la Chine reconnaît officiellement les conquêtes japonaises. Les initiatives prises par l’armée montrent bien le pouvoir qu’exercent les chefs militaires sur la vie politique japonaise : l’armée mène véritablement la politique étrangère du Japon en pratiquant systématiquement la politique du « fait accompli ». L’orientation totalitaire du régime se manifeste encore davantage après le retrait du Japon de la SDN. Prenant prétexte d’un assassinat politique, les militaires suspendent la vie parlementaire. Les partis démocratiques et libéraux voient leur activité entravée et les opposants sont jetés en prison. En 1937, plus un seul membre du gouvernement n’est issu de la société civile. En outre, le Japon se rapproche de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste, signant avec elles le pacte Antikomintern en 1936 et le pacte d’Acier en 1939. La guerre avec la Chine La Seconde Guerre mondiale
L’expansion japonaise est stoppée en 1942, lors de la bataille de la mer de Corail, entre la Nouvelle-Guinée et les îles Salomon. Un mois après, une flotte japonaise beaucoup plus importante est défaite à la bataille de Midway. Progressivement, l’initiative change de camp. Côté américain, les opérations terrestres, navales et aériennes sont confiées dans le Pacifique sud au général Douglas MacArthur, tandis que l’amiral Chester W. Nimitz reçoit le commandement des opérations dans le Pacifique centre. En juillet 1944, après la chute de Saipan (îles Mariannes), les militaires japonais comprennent que leur pays a perdu la guerre. À partir de novembre 1944, l’US Air Force commence à bombarder directement le territoire du Japon. De mai à août 1945, les bombardements alliés s’intensifient, dévastant plusieurs villes, détruisant les communications, les usines et ce qui reste de la marine. Lors de la conférence de Potsdam (17 juillet-2 août 1945), les Alliés exigent une reddition inconditionnelle du gouvernement japonais. Puis, le 6 août 1945, la première bombe atomique est larguée sur la ville d’Hiroshima. Deux jours plus tard, le 8 août, l’URSS déclare la guerre au Japon, et le 9 août, une seconde bombe atomique est lancée sur Nagasaki. Les armées soviétiques envahissent la Mandchourie, le nord de la Corée et Sakhaline. Hirohito décide alors d’intervenir : le 14 août, le Japon accepte les conditions des Alliés et l’empereur s’adresse à la nation pour la première fois à la radio. La reddition officielle est signée à bord du cuirassé américain Missouri, dans la baie de Tokyo, le 2 septembre 1945. Au terme de la guerre, le pays compte environ deux millions de morts. Près de 40 p. 100 des villes et l’intégralité des structures économiques du Japon sont détruites. Le sort d’un pays vaincu Le 11 août 1945, le général MacArthur est nommé chef du Commandement suprême des puissances alliées (SCAP) occupant le Japon. Le SCAP a des pouvoirs discrétionnaires très étendus, et MacArthur ne se prive pas de les utiliser. Il oriente la politique japonaise afin de reconstruire un État de droit doté d’un gouvernement responsable devant le peuple, sorte de monarchie parlementaire à la manière britannique. La répression est menée avec circonspection. Un tribunal militaire interallié pour l’Extrême-Orient, présidé par un juge australien, sir William Webb, se réunit à Tokyo le 3 mai 1946 et clôture ses travaux le 12 novembre 1948. Cent soixante-quatorze inculpés sur 1 178 sont condamnés à des peines allant de la prison à vie à la peine de mort ; en fait, six exécutions ont été effectives, dont celle du général Tojo. MacArthur refuse la mise en jugement de l’empereur comme l’auraient souhaité de nombreux pays occidentaux et le Département d’État américain. Il choisit, au contraire, de s’appuyer sur la personne de l’empereur pour asseoir la reconstruction du pays. La reconstruction En 1946, les grands trusts industriels et bancaires sont dissous. Un programme de réforme agraire, destiné à donner aux cultivateurs la propriété de la terre, est mis en œuvre à partir de 1947. C’est la seule réforme que les Japonais, tirant les leçons de la « stratégie » du Parti communiste chinois — celui-ci a utilisé la réforme agraire pour s’implanter dans la population —, réalisent d’eux-mêmes. Tout le système éducatif est remodelé par les autorités d’occupation et les manuels sont expurgés et censurés. Le shinto d’État est démantelé, les écoles du clergé fermées. Le droit de vote est accordé aux femmes dès la première élection générale qui suit la guerre, en avril 1946, et trente-huit femmes sont élues à la Diète japonaise. En mai 1947, une nouvelle Constitution entre en vigueur. Préparée avec soin par des juristes japonais et américains sous la supervision de MacArthur, elle bouleverse l’institution impériale : l’empereur n’est plus l’État, il devient le symbole de l’État. La réorganisation de l’économie japonaise, entièrement dévastée par la guerre, est plus difficile à réaliser. Les pénuries sont tout juste compensées par des secours en provenance des États-Unis. Le traité de paix La Conférence de la paix s’ouvre à San Francisco au mois de septembre. Parmi les nations invitées, l’Inde, la Birmanie et la Yougoslavie refusent d’y assister. Le traité est ratifié par 49 nations, bien que l’URSS, la Tchécoslovaquie et la Pologne refusent de le signer. Aux termes du traité, le Japon renonce à toutes ses prétentions sur la Corée, Taiwan, les îles Kouriles, Sakhaline et à ses anciens mandats sur les îles du Pacifique. Il abandonne également tous droits et intérêts en Chine et en Corée. Le pays, qui se voit aussi interdire toute intervention militaire, doit accepter de payer des dommages de guerre qui seront réglés en biens et en services, compte tenu des ressources financières insuffisantes du pays. En même temps, les États-Unis et le Japon signent un accord bilatéral prévoyant le maintien de bases militaires et de forces armées américaines au Japon. MacArthur est relevé de ses fonctions au SCAP en avril 1951 en raison de son désir d’étendre le conflit à la Chine, remplacé par le lieutenant général Matthew Bunker Ridgway, alors commandant des forces des Nations unies en Corée. À la fin du mois de juin, les États-Unis interrompent leur aide économique au Japon, mais les effets préjudiciables de cette décision sur l’économie japonaise sont largement compensés par les commandes militaires américaines pour la guerre de Corée. Les problèmes économiques du pays tiennent surtout au fait que la guerre lui a fait perdre ses marchés étrangers, particulièrement celui du continent chinois. Conscients du problème, les États-Unis autorisent, au mois d’octobre, le Japon à commercer de manière limitée avec la Chine continentale. Le 28 avril 1952, le traité de paix avec le Japon entre en vigueur et la souveraineté pleine et entière est rendue au pays. Selon les termes du traité nippo-américain de 1951, les troupes américaines restent au Japon en tant que forces de sécurité. Le gouvernement japonais conclut des traités de paix ou rétablit des relations diplomatiques avec Taiwan, la Birmanie, l’Inde et la Yougoslavie. Aux élections générales d’octobre 1952, les premières depuis la fin de l’occupation, Yoshida Shigeru, chef du Parti libéral qui dirige le cabinet depuis 1949, est réélu Premier ministre. Les relations avec les États-Unis Les États-Unis, cherchant à protéger plus efficacement le Japon contre une agression chinoise ou soviétique, encouragent vivement le pays à se réarmer. En août 1953, les deux États signent un traité d’assistance militaire, autorisant la fabrication d’armes par les Japonais. En septembre, dans une déclaration conjointe, le Premier ministre Yoshida et Shigemitsu Mamoru, chef du Parti progressiste, recommandent officiellement la reconstitution d’une force de défense nationale. Les négociations menées avec les États-Unis conduisent à la signature d’un pacte de défense mutuelle par les deux pays, au mois de mars 1954. Cette politique d’étroite collaboration avec les États-Unis est l’objet de vives critiques de la part de l’opposition et au sein même du Parti libéral. À la fin du mois de novembre, les opposants libéraux forment le Parti démocratique du Japon. Affaibli, Yoshida, n’ayant plus de majorité à la Diète, démissionne au mois de décembre. Avec l’appui du Parti socialiste, le chef de file du Parti démocratique, Hatoyama Ichiro, est élu Premier ministre. Le Parti démocratique ne peut obtenir une majorité à la Diète, lors des élections qui ont lieu en février 1955, mais le soutien des libéraux permet à Hatoyama de retrouver son poste de Premier ministre. Le Parti démocratique et le Parti libéral fusionnent au mois de novembre de la même année, assurant au gouvernement la majorité absolue à la Diète et inaugurant le monopole du Parti libéral-démocrate en politique. Les relations avec l’URSS En octobre 1956, l’Union soviétique et le Japon conviennent de mettre fin à l’état de guerre qui subsiste entre eux depuis 1945. Leur accord prévoit le rétablissement de relations diplomatiques, le retour des prisonniers de guerre japonais encore détenus en URSS, la mise en vigueur des traités de pêche négociés au début de l’année, l’acceptation par les Soviétiques de l’entrée du Japon aux Nations unies et, enfin, la restitution au Japon d’un certain nombre de petites îles situées au large de ses côtes septentrionales. Sur la scène internationale En février 1957, Ishibashi démissionne pour raisons de santé. La Diète élit à sa place le ministre des Affaires étrangères, Kishi Nobusuke. Au même moment, le Japon conclut un traité de paix avec la Tchécoslovaquie et la Pologne. En novembre, il consent à payer 177 millions de dollars de dommages de guerre à l’Indonésie. Le Japon devient un membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies en janvier 1958. La politique intérieure En 1960, les États-Unis et le Japon concluent un nouveau traité de défense et de sécurité donnant plus d’autonomie aux Japonais. Signé à Washington en janvier 1960, mais mal défendu par ses promoteurs, il donne lieu à une violente opposition. L’annonce malencontreuse d’une visite du président Dwight D. Eisenhower au mois de juin aggrave la crise. La visite doit être annulée en raison des craintes éprouvées pour la sécurité du président américain. Kishi démissionne le 15 juillet et Ikeda Hayato, nouveau président du Parti libéral-démocrate, lui succède. Aux élections à la Chambre des représentants en octobre, les libéraux-démocrates remportent une brillante victoire et Ikeda forme un nouveau cabinet en décembre. En 1963, les libéraux-démocrates, alors au gouvernement, tentent d’amender une des dispositions de la Constitution, interdisant au Japon l’entretien de forces militaires et de matériel de guerre. Cet amendement nécessite l’approbation de la Chambre des représentants à la majorité des deux tiers. Faute de majorité, Ikeda doit dissoudre la Diète, et les libéraux-démocrates perdent des sièges lors des élections du 21 novembre. La croissance économique L’instabilité du gouvernement
L’ère Heisei (depuis 1989) Le temps des scandales Incapable de faire face au malaise économique et ne jouissant pas de la confiance des membres du Parti conservateur, Kaifu est remplacé, à la fin de l’année 1991, par un autre vétéran de la politique, Miyazawa Kiichi, tandis que le Parti socialiste se rebaptise Parti social-démocrate. La législation autorisant la participation des troupes japonaises aux opérations de maintien de la paix des Nations unies, qui a longtemps été considérée inconstitutionnelle, est finalement adoptée en 1992. Le mariage du prince impérial Naruhito avec une roturière, Owada Masako, au mois de juin 1993, détourne brièvement l’attention du pays des affaires publiques. Les libéraux-démocrates menacés
Catastrophes naturelles et attentats terroristes L’année 1995 ébranle profondément les Japonais. Le 17 janvier, la ville de Kobe est dévastée par un tremblement de terre qui cause la mort de quelque 5 000 personnes et laisse des centaines de milliers de sans-abri. Le 20 mars, le métro de Tokyo est la cible d’une attaque par armes chimiques (gaz sarin). Cet acte de terrorisme tue douze personnes et fait des milliers de blessés. Il déclenche une psychose qui se prolonge plusieurs mois. Des enquêtes menées en direction de la secte religieuse marginale Aum Shinrikyo et de son gourou Asahara Shoko permettent de découvrir des fabriques de produits chimiques et d’armes à feu. Le procès des membres de la secte Aum en 1996 montre la vulnérabilité du Japon face aux attaques terroristes. Le caractère exceptionnel de cet événement — d’ordinaire les sectes s’autodétruisent et ne projettent pas leur violence à l’extérieur — incite le gouvernement à réformer les lois religieuses et le statut des sectes. C’est oublier la force des organisations religieuses bouddhistes et shinto qui protestent vigoureusement contre ce qu’elles considèrent comme une atteinte aux libertés religieuses ; le statu quo ante demeure donc la loi. De plus, le pays est ébranlé par une prise d’otages à l’ambassade du Japon au Pérou effectuée par les guérilleros du mouvement Tupac Amaru (22 avril 1997). À la même époque, le 25e anniversaire de la restitution des îles Okinawa au Japon ranime les sentiments anti-américains ; plusieurs manifestations ont lieu dans l’archipel le 14 mai 1997. L’avènement d’une nouvelle classe
politique À la tête du gouvernement à partir de janvier 1996, le libéral-démocrate Hashimoto Ryutaro, jouissant d’une grande popularité, entreprend d’assainir le climat politique et de relancer l’économie du pays. Les élections législatives d’octobre 1996 confirment le retour en force de son parti. Parmi les mesures envisagées, la refonte de vingt ministères et agences de l’État en sept unités placées sous l’autorité du Premier ministre, destinée à accroître le contrôle du pouvoir politique sur la haute administration, cette dernière agissant trop souvent comme un « État dans l’État ». Crise de confiance économique En 1996, le Japon semble sorti d’une longue période de récession, mais son économie demeure fragile. La baisse du yen (depuis 1996) permet d’éviter une crise grave, mais les faillites de plusieurs maisons de titres comme la Yamaichi Securities en novembre 1997, combinées avec de mauvais résultats (une baisse de 3 p. 100 de la production industrielle), et placées dans le contexte de la crise affectant l’ensemble des pays émergents de l’Asie de l’Est et du Sud-Est, entraînent une crise de confiance. Le chômage atteint le taux de 3,6 p. 100 en février 1998, tandis que le plan de relance présenté par le chef du gouvernement Hashimoto Ryutaro le 26 mars 1998 (16 000 milliards de yens soit 760 milliards de francs destinés à financer de grands travaux, un généreux budget de recherche, mais également le soutien des bourses d’Asie du Sud-Est et une réduction d’impôts) est mal accueilli, tant au Japon qu’à l’étranger : la Bourse de Tokyo connaît une nouvelle chute au mois d’avril 1998, perdant 6 p. 100, tandis que le yen poursuit sa chute (menaçant d’ailleurs les autres monnaies de la région et obligeant à une intervention de la Réserve fédérale américaine), et que le pays continue de s’enfoncer dans une véritable crise économique. La confiance est d’autant plus entamée que les tentatives de dérégulation du système financier (« big bang ») entreprises au mois d’avril, dont l’ambition est de créer en Asie une « zone yen » comparable à la « zone euro » européenne, et d’assurer une stabilité monétaire relative, sont accueillies avec circonspection. Les mauvaises créances des banques, consenties pendant les années fastes (années quatre-vingt et début des années quatre-vingt-dix notamment) et toujours estimées à plus de 1 000 milliards de dollars, ne parviennent à se résorber, provoquant la fuite des capitaux vers l’étranger, en même temps que la montée de la part d’épargne des particuliers. Finalement, lors du renouvellement de la moitié du Sénat, le Parti libéral démocrate subit un important échec électoral qui amène Hashimoto à démissionner de son poste de leader du PLD et donc de son poste de Premier ministre, lequel est confié à Obuchi Keizo lors des élections du 21 juillet 1998. La politique du nouveau Premier ministre ne diffère pas radicalement de celle de son prédécesseur. Un nouveau plan de relance, plus ambitieux encore, est adopté en octobre 1998, prévoyant notamment de garantir les clients des établissements bancaires contre les faillites et de financer la liquidation de leur passif, de manière à relancer le crédit. Au mois de novembre 1998, le Japon refuse la levée des tarifs douaniers sur les produits issus de la pêche et de l’exploitation forestière, stoppant net les espoirs mis dans la création d’une zone de libre échange asiatique. Sur le plan diplomatique, Keizo Obuchi rencontre le président chinois Jiang Zemin, en visite officielle au Japon, puis le président russe Boris Eltsine ; un protocole d’accord prévoyant la signature d’un traité de paix entre la Russie et le Japon d’ici l’an 2000 est finalement adopté. Cependant le chômage ne cesse d’augmenter, atteignant le taux record de 4,8 p. 100 en mai 1999 — un chiffre qu’il faudrait d’ailleurs majorer, en raison des modes particuliers de calcul qui n’incluent pas tous les demandeurs d’emploi. Parallèlement, on assiste à une hausse spectaculaire de l’emploi dit précaire (emplois à temps partiel ou à durée déterminée). Le sentiment de pessimisme lié à la crise se généralise, et touche tout particulièrement les étudiants, qui ne sont plus assurés de trouver un emploi sitôt leur diplôme en poche. Paradoxalement, la crise crée également une mobilité nouvelle au Japon : d’une part, il est devenu possible de démissionner, d’autre part, les jeunes sont plus nombreux à poursuivre ou à reprendre des études. Le retour de la stabilité ? Au printemps 1999, se manifeste le
début d’une période de stabilité, voire de relève de l’économie japonaise.
Cependant, le vieillissement de la population et ses inévitables conséquences
économiques commence à inquiéter sérieusement les autorités, d’autant que de
plus en plus de jeunes gens refusent désormais de se marier. Le Japon compte
ainsi de plus en plus de célibataires : en 1996, 60 p. 100 des
femmes de moins de trente ans habitant Tokyo vivaient seules, et la tendance
se confirme. |