Le 12 octobre 1492, Christophe Colomb débarque sur l’île de Guanahani aux Bahamas. Dans son Journal de bord, le Gênois consigne chaque jour ses découvertes, à l’intention des souverains espagnols. Dans la description qu’il donne des habitants de ce paradis transparaît l’expérience que ce marin a de l’Afrique, et peu à peu se dessine le mythe du « bon sauvage » que l’on pourra aisément convertir à la foi chrétienne. Le récit de cette rencontre entre deux mondes nous est parvenu grâce à Bartolomé de Las Casas, l’original ayant disparu. Ami de Diego Colomb, le dominicain avait heureusement copié, au début du XVIe siècle, de larges extraits du journal.

 

Journal de bord de Christophe Colomb

Samedi 13 octobre

 

«Dès que le jour se leva, nombre de ces hommes vinrent sur la plage, tous jeunes, comme je l’ai dit, et tous de bonne taille, très bien faits; leurs cheveux non crépus mais au contraire raides et gros comme des crins de chevaux, et tous avec un front et une tête plus large qu’aucune race que j’aie vue à ce jour; ils n’avaient pas les yeux petits mais très beaux; ils n’étaient, pour aucun d’eux, noirs mais plutôt de la couleur des Canariens, et l’on ne doit pas s’attendre à autre chose, car cette terre est située, en allant d'est en ouest, sur la même ligne que l'île du Fer, dans les Canaries. Ils ont les jambes très droites, tous semblablement, et le ventre non point gros mais très bien proportionné. Ils vinrent jusqu’à la nef avec des almadies, qui sont faites du tronc d’un seul arbre et sont une sorte de barque longue et tout d’une pièce, taillée de merveilleuse façon comme cela se fait dans ce pays; certaines sont grandes, sur lesquelles pouvaient aller 40 à 45 hommes, et d’autres plus petites, si bien que sur certaines d’entre elles n’allait qu’un seul homme. Ils ramaient avec une pelle semblable à celles des boulangers; cette barque avance à merveille, et si elle se retourne, aussitôt ils se mettent à nager, la redressent et la vident avec des calebasses qu’ils ont avec eux. Ils apportaient des pelotes de coton filé, des perroquets, des sagaies et d’autres petites choses qu’il serait ennuyeux d’énumérer, et ils donnaient tout en échange de n’importe quelle chose qu’on leur pouvait donner. Quant à moi, je mettais toute mon attention et tous mes efforts à savoir s’il y avait de l’or, et vis que quelques-uns d’entre eux en portaient un morceau accroché à un trou dans le nez. Et à leurs gestes je pus comprendre qu’en allant vers le sud ou bien en contournant l’île par le sud, il y avait là un roi qui avait en abondance de grands vases de ce métal. Je m’efforçai de les y envoyer, mais je vis bientôt qu’ils n’entendaient pas y aller. Je décidai d’attendre jusqu’au lendemain après-midi pour partir alors en direction du sud-<ou>est — car, d’après les gestes que beaucoup d’entre eux me firent, ils disaient qu’il y avait des terres au sud, au sud-ouest et au nord-ouest, mais que de celles du nord-ouest, on les venait souvent attaquer —; je décidai donc d’aller vers le sud-ouest pour rechercher de l’or et des pierres précieuses. Cette île est assez grande et très basse avec des arbres très verts, de nombreux cours d’eau et une très grande lagune au milieu, sans aucune montagne; et tout y est tellement vert que c’est un plaisir de la contempler. En outre, les gens y sont fort doux; leur envie est si grande d’avoir de nos objets que, craignant qu’on ne leur en donne point s’ils ne donnent eux-mêmes quelque chose et ne possédant rien, ils prennent ce qu’ils trouvent et s’enfuient aussitôt à la nage; cependant tout ce qu’ils possèdent ils le donnent contre n’importe quoi qu’on leur puisse donner, si bien qu’ils prenaient même en échange les morceaux des écuelles et des tasses de verre brisées, et que j’ai même vu pour trois ceutis du Portugal, qui est un blanc de Castille, donner 16 pelotes de coton qui devaient faire plus d’une arrobe de coton filé. J’aurais interdit cela et n’aurais laissé quiconque le prendre, j’aurais, au contraire, ordonné que l’on prît tout pour Vos Altesses, s’il y en avait eu en quantité. Il pousse dans cette île, mais par manque de temps je n’ai pu entièrement vérifier cela. Ici, naît aussi l’or qu’ils portent accroché au nez mais, pour ne pas perdre de temps, je veux aller voir si je peux trouver l’île de Cipango. Au moment où il fit nuit tous s’en furent à terre avec leurs almadies.»

 

Source : Colomb (Christophe), Œuvres complètes, trad. par J.-P. Clément et J.-M. Saint-Lu, Paris, La Différence, 1992.

 

PRÉSENTATION   
Bahamas, État de l'Atlantique Nord situé au nord des Grandes Antilles. De son nom officiel Commonwealth des Bahamas, il est composé d'un vaste archipel de 700 îles, qui s'étendent sur 1 200 km du sud-est de la Floride jusqu'à l'extrémité orientale de Cuba. Les îles Bimini, les plus à l'ouest, sont situées à 97 km au large de Miami.


Seulement 40 p. 100 des îles sont habitées. New Providence, où vit plus de la moitié de la population bahamienne, noire à 85 p. 100, est l'île principale, où siège la capitale, Nassau. Andros, Eleuthera, Grand Bahama, Great Abaco, Great Inagua, Harbour, Long, Mayaguana et San Salvador sont les autres îles importantes. Les Bahamas comptaient 279 833 habitants en 1998 pour une superficie de 13 939 km². La densité de la population était d’environ 21,4 habitants au km2, le taux de fécondité de 1,9 enfant par femme et l’espérance de vie de 73,4 ans en 1998. Outre Nassau, la seule autre grande ville est Freeport, sur l'île de Grand Bahama.

            2.     ÉCONOMIE  
Leur agréable climat subtropical et leurs plages de sable fin font des Bahamas une destination très touristique, qui reçoit chaque année près de 3 millions de visiteurs. Le tourisme, qui est en pleine expansion, représente environ la moitié du produit national brut et emploie plus de la moitié de la population active. Profitant d'une fiscalité très avantageuse, des centaines de banques se sont installées aux Bahamas, faisant du secteur financier le deuxième pilier économique du pays. L'industrie y est peu développée (transbordement, raffinage du pétrole, production pharmaceutique, sel, rhum). L'agriculture est très réduite en raison de la faible profondeur des sols et se limite principalement à la pêche. La monnaie est le dollar bahamien (100 cents). En 1998, le PNB atteignait 13,3 milliards de dollars, soit 11 380 dollars par habitant.

            3.     HISTOIRE  
En 1492, Christophe Colomb abordait le Nouveau Monde pour la première fois sur une île alors habitée par le peuple Arawak. Il la baptisa San Salvador ; certains chercheurs pensent qu'il s'agirait en réalité de Samana Cay. Les premiers Européens à y résider en permanence ne furent pourtant pas les Espagnols mais les Britanniques, qui s'installèrent à Eleuthera et à New Providence vers 1648. Durant la guerre de l'Indépendance, en 1776, les Américains occupèrent Nassau, et l'Espagne s'empara des îles en 1782 et en 1783 ; elles devinrent colonie britannique en 1787. Des plantations de coton y furent établies, mais l'abolition de l'esclavage en 1834 allait leur faire perdre leur compétitivité par rapport à celles des États-Unis, restées esclavagistes. Le sol s'épuisa, ce qui engendra tant le déclin de l'économie qu'un affaiblissement de la résistance de la population, qui fut décimée par l'épidémie de choléra qui sévit au milieu du siècle. L'époque de la prohibition aux États-Unis (1920-1933) apporta également son lot de richesses, les trafiquants de rhum faisant transiter leur marchandise par les Bahamas avant de les introduire aux États-Unis.

En 1964, la Grande-Bretagne accorde l'autonomie interne aux Bahamas. Le Parti libéral progressiste (électorat noir) remporte les élections législatives de 1967, et son dirigeant, Lynden Pindling, est nommé Premier ministre. L'indépendance est proclamée le 10 juillet 1973. Pindling reste au pouvoir jusqu'au début des années quatre-vingt-dix, mais le chômage chronique et la corruption du pouvoir sapent son assise. Aussi, en août 1992, les élections législatives sont remportées par le Mouvement national libre et son dirigeant Hubert Ingraham devient Premier ministre. À l’issue des élections générales de mars 1997, ce dernier a renforcé sa majorité tandis que Perry Christie, successeur de Pindling, toujours accusé de corruption, à la tête du parti de l’opposition, n’a obtenu que 6 sièges sur 40 à l’Assemblée.

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